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Sans données fiables, les économies insulaires resteront des zones à risque pour les investisseurs

Aivo Andrianarivelo, Gouverneur de la Banque centrale de Madagascar

Dans un entretien accordé à Bizweek Africa, le gouverneur de la Banque centrale de Madagascar, Aivo Andrianarivelo, revient sur les prérequis nécessaires à la construction d’un marché crédible de la finance durable dans les économies insulaires, en particulier à Madagascar. L’échange porte aussi sur l’intégration des risques climatiques dans l’action des banques centrales, sur les effets des tensions géopolitiques internationales et sur les attentes du secteur privé face au nouveau contexte politique malgache. Entre déficit de données, poids de l’informel et dépendance énergétique, les enjeux sont multiples. Le gouverneur était de passage à Maurice dans le cadre d’une conférence sur la finance durable organisée par l’International Finance Corporation, à Port-Louis, le 7 avril.  

Dans le contexte des économies insulaires comme Madagascar, quels sont les prérequis essentiels pour bâtir un marché crédible de la finance durable?

Il faudrait instaurer la confiance. Or, la confiance ne s’obtient pas automatiquement. Bien sûr, la visibilité est essentielle. À ce titre, il est indispensable de disposer de données économiques crédibles afin que les investisseurs, avant même de s’engager dans ces pays insulaires, puissent en appréhender l’environnement. Ils doivent avoir une connaissance précise de la situation économique, car en l’absence de données fiables, ces pays, comme Madagascar d’ailleurs, sont systématiquement classés en zone à risque par les investisseurs. Et si rien n’est entrepris pour sortir de ce cercle vicieux, il sera difficile d’attirer des investisseurs étrangers.

 

« Le pétrole se fait rare, et toute ressource qui se raréfie finit, in fine, par devenir plus coûteuse. »

 

Je pense également que le cas de Madagascar n’est pas isolé. Maurice a déjà engagé certaines réformes et attire aujourd’hui des flux importants de capitaux. L’environnement économique y est jugé fiable, ce qui constitue une avancée notable pour l’île Maurice. C’est un exemple que nous devrions suivre à Madagascar.

Bien sûr, dans le contexte de l’océan Indien, Madagascar est le plus vaste territoire, mais aussi celui qui est le moins doté en matière de technologies, d’accès à Internet et d’infrastructures numériques. Néanmoins, les efforts entrepris par la Banque centrale actuelle visent précisément à développer des taxonomies et à renforcer la collecte de données. Nous avons notamment lancé un projet de monographie régionale afin de couvrir l’ensemble du territoire et de recueillir des données fiables à l’échelle nationale.

Cependant, quelles que soient les données collectées, cela ne suffit pas. Il est également nécessaire de disposer d’un environnement financier solide, d’une inclusion financière effective, ainsi que d’institutions en lesquelles la population et les investisseurs puissent avoir confiance.

C’est dans cette optique que j’ai évoqué précédemment le fait que 60 % de nos entreprises productives évoluent encore dans l’informel. Dès lors, plusieurs conditions doivent être réunies : premièrement, leur formalisation ; deuxièmement, la crédibilité des dirigeants, qui doivent démontrer leur capacité à porter et à développer des projets ; et troisièmement, l’existence d’un véritable marché.

Ces trois composantes, ces trois piliers, pourraient constituer un levier déterminant pour les entreprises et pour l’économie malgache. En effet, comme l’a souligné le vice-gouverneur de la Banque de Maurice, il est essentiel que ces entreprises, une fois financées, génèrent un impact réel sur l’économie. C’est là tout l’enjeu de cette démarche.

Quel rôle les banques centrales doivent-elles jouer dans l’intégration des risques climatiques au sein de la politique monétaire et de la stabilité financière ?

Je pense avant tout que nous devons agir comme un levier. Les banques centrales ne peuvent pas se comporter comme des acteurs directement opérationnels ; elles doivent plutôt jouer un rôle d’impulsion, d’activation. C’est là leur mission fondamentale. Il est également essentiel d’intégrer les enjeux liés au changement climatique dans nos analyses de politique monétaire. C’est sur ces deux volets que nous intervenons : d’une part, en intégrant l’impact du changement climatique dans nos données macroéconomiques ; d’autre part, en facilitant cette intégration. C’est dans cette perspective que j’ai évoqué la mise en place de deux fonds de garantie destinés à atténuer les risques, à soutenir et à accompagner les entreprises malgaches.

Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, comment ces chocs externes affectent-ils la stabilité macroéconomique et les capacités de financement des économies insulaires ?

Évidemment, la guerre en Ukraine a déjà eu un impact significatif, dans la mesure où une part importante des approvisionnements de l’Afrique provient de la Russie ou de l’Ukraine, ou transitent par ces pays.

À cela s’ajoutent les tensions dans le Golfe et au niveau du détroit d’Hormuz, qui affectent directement le secteur énergétique. Nous subissons donc un double impact lié à des conflits qui ne nous concernent pas directement. C’est là tout le problème, et c’est pourquoi l’Afrique doit impérativement renforcer sa résilience afin d’atténuer les effets de ces crises.

Pour Madagascar en particulier, nous avons encore l’avantage que nos approvisionnements ne transitent pas directement par le détroit d’Hormuz, mais se situent à sa périphérie. Toutefois, un ralentissement ou un arrêt de la production dans les pays riverains de ce détroit aurait inévitablement des répercussions sur les approvisionnements. Le pétrole se fait rare, et toute ressource qui se raréfie finit, in fine, par devenir plus coûteuse.

Ce phénomène n’est pas isolé : l’ensemble des produits pétroliers est appelé à renchérir, avec des effets en cascade sur l’économie. Si ces impacts ne sont pas encore pleinement visibles aujourd’hui, ils le seront inévitablement demain.

Madagascar connaît un nouveau contexte politique. Quelle est, selon vous, la situation du point de vue économique ?

Pour l’instant, le secteur privé reste dans l’expectative. Comme vous le savez, lors de la formation du premier gouvernement, le Premier ministre avait posé les bases de la politique de développement de l’État.

Aujourd’hui, avec l’arrivée et l’installation d’un nouveau Premier ministre, la population, comme les acteurs économiques, attendent des signaux clairs. Ce nouveau gouvernement modifiera-t-il certaines orientations, ou s’inscrira-t-il dans la continuité de la politique définie en octobre ? À titre personnel, je ne peux préjuger des décisions à venir. Toutefois, il me semble que la politique de l’État devrait s’inscrire dans une logique de continuité plutôt que de rupture. Dans la mesure où il s’agit du même régime politique, le nouveau Premier ministre devrait privilégier la poursuite et le renforcement des actions déjà engagées par le précédent gouvernement.

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