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«On veut également avoir des actions concrètes pour réparer, pas uniquement pour prévenir»

Dr Ibrahim Norbert Richard, Secrétaire général de la Commission de l’océan Indien 

Financement climatique, vulnérabilité des îles, données, technologies et coopération régionale. À l’approche de la COP31, le Secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI), Dr Ibrahim Norbert Richard, appelle à une approche mieux adaptée aux réalités des États insulaires. Pour lui, l’enjeu n’est plus seulement de mobiliser des financements pour prévenir les catastrophes, mais de faire en sorte que les réalités et vulnérabilités spécifiques des îles soient pleinement prises en compte. Docteur en droit et diplomate de carrière, il plaide également pour une coopération renforcée entre les îles de l’océan Indien, des Caraïbes et du Pacifique, ainsi que pour une meilleure utilisation des données, de la recherche et de l’intelligence artificielle.

Maurice et l’ensemble de la région de l’océan Indien sont en première ligne face aux effets du changement climatique, notamment à l’élévation du niveau de la mer, à l’érosion côtière, aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la perte de biodiversité et aux pressions exercées sur les écosystèmes marins. Du point de vue de la COI, quels sont aujourd’hui les défis climatiques et environnementaux les plus urgents auxquels la région est confrontée, et sur quels aspects faudrait-il concentrer les efforts en priorité ?

 

Comme vous l’avez dit, le changement climatique affecte toutes les sphères de la société et de la vie de nos populations. Il touche les domaines économique et social, mais également l’agriculture. En réalité, tous les pans de la vie au sein de la société sont concernés.

 

C’est précisément pour cette raison que la Commission de l’océan Indien entend développer davantage la coopération entre ses États membres. Aucun de nos États ne peut, à lui seul, faire face à l’ensemble des effets du changement climatique.

 

Nous devons donc promouvoir la coopération entre nos îles, mais aussi au-delà de notre région, parce que les effets du changement climatique n’ont pas de frontières.

 

La COI entend notamment être le porte-parole et le porte-voix des États insulaires africains à travers la Commission des États insulaires africains sur le climat. Nous voulons également développer des partenariats et créer des ponts avec nos îles sœurs des Caraïbes et du Pacifique. Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes et aux mêmes défis. Ensemble, nous pouvons donc développer des solutions communes.

 

Les financements climatiques sont régulièrement annoncés, mais répondent-ils réellement aux besoins des États insulaires ?

 

Il y a effectivement des financements qui arrivent. Mais généralement, ces financements sont définis et pensés très loin des réalités du terrain. Pendant longtemps, des fonds ont effectivement été mobilisés pour réunir les différents pays et discuter ensemble des défis auxquels ils sont confrontés.

 

Ce qu’il faut faire, c’est prendre en compte les spécificités de nos îles et élaborer, à partir de ces réalités, des critères de vulnérabilité qui soient véritablement adaptés à leur situation. C’est le plaidoyer que nous devons mener et que nous sommes déjà en train de mener, non seulement avec les îles africaines, mais également avec nos îles sœurs des Caraïbes et du Pacifique.

 

La COI s’est aussi dotée de moyens pour prévenir les risques et gérer les risques lorsqu’ils surviennent. Nous avons développé des projets destinés à prévenir les risques avant que les phénomènes ne se produisent. C’est notamment le cas du projet Hydromet, qui traite les informations météorologiques, facilite leur partage entre les États membres et contribue à définir les bonnes pratiques et les réponses appropriées face aux changements météorologiques et climatiques.

 

Où en est la région en matière de partage des données et de développement des infrastructures technologiques nécessaires ?

 

Vous savez, la mise en place des technologies, ça coûte cher. Elle nécessite donc des financements. La COI développe des partenariats avec différents partenaires qui nous accompagnent financièrement.

 

Dans le cadre du projet Hydromet, une composante consiste justement à doter les États membres d’équipements leur permettant de mieux faire face aux phénomènes climatiques, mais aussi de partager les informations.

Le partage des informations est extrêmement important. Nous développons également des partenariats dans les domaines de la recherche et de l’innovation.

On oublie très souvent l’importance de mettre en commun nos moyens dans le domaine de la recherche afin de chercher ensemble des solutions à des défis communs.

 

Quel rôle l’intelligence artificielle pourrait-elle jouer dans cette dynamique ?

 

L’intelligence artificielle est effectivement incontournable. Elle peut notamment contribuer à la recherche de solutions adaptées à nos îles, qui prennent en compte leurs spécificités.

 

L’IA est là pour faciliter précisément cette recherche de solutions.

 

Au-delà des engagements internationaux et des déclarations politiques, quel domaine Maurice devrait-il prioriser pour accélérer sa transition vers une économie plus durable et plus résiliente face au changement climatique ?

 

La Commission de l’océan Indien est une organisation intergouvernementale. Ce sont donc les États membres qui définissent nos priorités et nos actions. Tout ce que nous faisons relève d’une stratégie définie par nos États membres. Nous ne pouvons pas entreprendre des actions qui sortent de ces stratégies. Ce sont eux qui nous donnent les orientations politiques nécessaires pour guider les actions de la COI.

Mais la COI joue aussi un rôle de catalyseur. Pour Maurice et les Seychelles, qui sont des pays à revenus élevés ou à revenus intermédiaires supérieurs, l’accès à certains financements bilatéraux internationaux devient progressivement plus difficile.

En mobilisant les financements internationaux, la COI permet donc à ces pays d’accéder à des ressources qui peuvent contribuer à renforcer leur résilience.

Le fait que la COI ait été accréditée, depuis 2024, auprès du Fonds vert pour le climat constitue également une avancée importante. Désormais, nous pouvons porter des projets soumis au Fonds vert pour le climat au nom de nos États. Nous sommes également en train de mener la même démarche auprès du Fonds d’adaptation.

 

Pendant longtemps, nos États membres devaient passer par des institutions telles que la Banque mondiale, l’Agence française de développement ou d’autres entités internationales pour accéder à certains financements.

 

Aujourd’hui, ils disposent de leur propre outil régional. La COI, en tant qu’organisation des États insulaires de la région, devient ainsi une fenêtre supplémentaire pour accéder aux financements climatiques internationaux.

 

C’est un changement important : nous disposons désormais d’un instrument régional qui est accrédité et qui peut accompagner directement nos États membres dans la mobilisation de ces ressources.


Quels résultats concrets souhaiteriez-vous voir émerger de la COP31 pour les États insulaires, notamment en matière de financement climatique, d’adaptation, de pertes et préjudices, d’accès aux technologies et de protection des communautés les plus vulnérables aux effets du changement climatique ?

 

Ce que nous attendons, ce sont des actions concrètes, au-delà des déclarations. Parce que, en introduction, vous l’avez dit, les effets du changement climatique sont réels. On le vit au jour le jour. Nous, à notre niveau, on essaie d’avoir une politique, une stratégie qui tend vers le renforcement de la résilience de nos États membres. J’ai mentionné le projet Hydromet. Mais on veut également avoir des actions concrètes pour réparer, pas uniquement pour prévenir.

 

Je prends l’exemple de Madagascar. Le sud de Madagascar est confronté à une sécheresse extrême, avec des conséquences considérables sur l’agriculture, l’approvisionnement en eau et, plus largement, sur l’économie de la région.

Cela exige des actions concrètes et c’est dans ce sens que nous essayons actuellement de mobiliser, autour de la même table, nos États membres et nos partenaires notamment le gouvernement australien, la France, l’Union européenne et le système des Nations unies mais également la société civile et, en particulier, les jeunes.

 

L’objectif est que nous puissions porter une même voix lors de la COP31 et demander que des actions concrètes soient définies pour les États insulaires. Les États insulaires n’ont pas contribué de manière significative au réchauffement climatique. Pourtant, nous en subissons de plein fouet les conséquences.

 

Il y a également un autre principe que je voudrais rappeler : le principe du pollueur-payeur. Il faut l’appliquer de manière concrète et mettre les moyens nécessaires pour aider les États insulaires à faire face aux effets du changement climatique.

 

Il ne s’agit plus seulement de prévenir les effets du changement climatique. Certains effets sont déjà là. Nos populations les subissent déjà. Il faut donc développer leur capacité de résilience, mais également leur capacité à faire face aux conséquences du changement climatique et à résoudre les problèmes qui en découlent.

 

C’est cette approche concrète que nous souhaitons porter à la COP31 : passer des engagements aux actions et des promesses à des solutions adaptées aux réalités des îles.



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