Services financiers: La boule de cristal n'avait rien vu venir

C’est une année qui n’a pas été de tout repos pour le secteur des services financiers tant sur le plan local qu’international. De nouveaux règlements, des décisions des régulateurs qui surprennent, des ‘Paradise Papers’ qui font sensation, un ‘trustee’ implanté à Maurice et épinglé dans une autre juridiction, des épisodes étalés sur des semaines sur l’homme d’affaires Alvaro Sobrinho, un ‘blueprint’ en gestation et le recrutement des services d’un consultant, la signature du Multilateral Instrument de l’OCDE, acquisitions et fusions, condamnation pour la première banque du pays… Et encore ! L’événement phare de l’année, dans le secteur, demeure certainement la venue d’un nouveau ministre. Elle découle de l’absence très commentée de Roshi Bhadain à la cérémonie de prestation de serment, en raison d’un remaniement ministériel, le 23 janvier. Il devait décider, le lendemain, de ne plus faire partie du nouveau Conseil des ministres, n’étant pas d’accord avec la « passation de pouvoir ». C’est ainsi que Sudhir Sesungkur est nommé ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance

«It has been an eventful year ! » s’exclament quelques opérateurs que BIZweek a interrogés. Cette petite phrase résume en effet la situation qui a prévalu dans le secteur des services financiers, cela même si d’autres personnes ont trouvé l’année « excitante » au fil des mois.

Qui dit « services financiers » dit global business, assurance, secteur bancaire, asset management… Si des défis se sont présentés au niveau international, selon nos interlocuteurs, par contre des « challenging events » se sont succédé sur le plan local. Comment ?

Premier constat : les régulateurs ne fonctionnent pas comme il se doit. « Ils ne savent pas dans quelle direction aller. Ils ne comprennent pas les besoins du secteur pour venir de l’avant avec des mesures appropriées », avance l’un d’entre eux.

Exemple : la ‘Tax Deduction at Source’ applicable aux ‘directors’ fees’, qui aurait pu se faire sur une base annuelle, au lieu d’une « as you earn basis ». Cette mesure s’applique aussi bien au secteur de global business que domestique.

C’est, selon nos interlocuteurs, une des mesures qui fait que la question « ease of doing business » est en train de s’évaporer bien que Maurice ait grappillé plusieurs places au classement ‘Ease of Doing Business 2018’.

« Monitor » la presse internationale

Autre mesure qui suscite l’ « indignation » des opérateurs de l’industrie financière : la récente décision de la Financial Services Commission (FSC) de leur demander de « monitor » la presse internationale, histoire de mieux connaître leurs clients et d’être les premiers au courant si jamais quelque chose est publié sur eux. « C’est clair que cette mesure fait suite à l’épisode Alvaro Sobrinho. Si on ne le fait pas, ce sera une offense. A-t-on le choix ? Mais que doit-on faire ? Employer une personne rien que pour surveiller la presse internationale ? Et si les informations publiées sont en langue angolaise ou portugaise, on emploie un traducteur ? » se demande-t-on.

Par ailleurs, il y a aussi le fait que l’ombre de la Declaration of Assets plane toujours, bien que repoussée à plus tard. Vu le « hacking » qui a suscité le buzz nommé ‘Paradise Papers’, on se demande si le système informatique de la MRA est suffisamment sécurisé pour qu’on ne connaisse pas également un tel scandale. « On ne veut pas dire que ceux qui vont déclarer leurs avoirs ont effectivement des choses à cacher. Simplement, la MRA peut facilement agir en cas de suspicion sur telle ou telle personne. Pourquoi imposer cela à tout le monde ? Que se passera-t-il si son système informatique devient la cible des hackers ? »

Où et vers qui se tourner

Donc, tant de choses qui se font, selon eux, et qui sont en train de décourager des clients potentiels à venir investir à Maurice. « Nos griefs sont davantage ‘self-inflicted’. C’est-à-dire que ce sont les nôtres qui nous font du mal. Il y a tellement d’écart, donc manque de vision, cohérence et communication entre le ministère des Finances, et celui des Services financiers, entre la Banque de Maurice et la Financial Services Commission… Chacun part dans une différente direction, et les opérateurs ne savent plus où et vers qui se tourner », soutient le Chief Executive Officer d’une société.

Selon ce dernier, les régulateurs ne consacrent pas suffisamment de temps aux discussions avec les opérateurs afin de venir de l’avant avec des mesures. « à quand remonte la dernière fois que la Financial Services Promotion Agency s’est rendue en Inde pour promouvoir le secteur ? Elle se tourne plus vers l’Afrique maintenant, et est en train de négliger un marché qui existe déjà. Sans oublier que cet organisme est sans CEO depuis quelques mois déjà ».

Une couche de plus dans le secteur d’assurance

Un autre interlocuteur, qui gère une ‘Management Company’ s’interroge, pour sa part, sur la confusion qui commence à émerger dans le cadre de la mise en application du Règlement général sur la protection des données (en anglais GDPR, pour General Data Protection Regulation) mis en place par Bruxelles : « D’un côté, nous avons le Common Reporting Standard de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui encourage l’échange automatique d’informations, et de l’autre le GDPR. Which is which ? »

Les avis ne sont pas moins critiques dans le secteur de l’assurance. Cette année, les opérateurs du secteur ont vu l’entrée en opération du Risk Management Framework et Own Risk Solvency Assessment (ORSA).

« Il n’y a pas de ‘tick the box exercise’ comme on dit. Il incombe à chaque compagnie de venir de l’avant avec son propre cadre. C’est nouveau, et on est encore dans un ‘learning curve’. Cela prendra du temps, et on n’est même pas certain que le régulateur a tout en main pour implémenter cela. Entretemps, cela se traduit en un coût et des ressources additionnelles pour une compagnie », fait ressortir un assureur. Cette mesure, bien qu’elle marque un tournant dans le secteur et représente un « bonanza » pour les Big 4 (les quatre grosses compagnies de comptabilité et d’audit) qui « en profitent pour organiser des séances de formation », elle reste malgré tout « une couche supplémentaire au niveau des règlements ». En d’autres termes, elle n’apporterait rien de plus au secteur…

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