National Payment Switch System: Le sujet sensible ?

C’est un sujet tabou ou presque. Les banquiers et certains hauts cadres des banques que nous avons approchés ont refusé de faire ne serait-ce qu’un commentaire au sujet du National Payment Switch System qui devrait, si tout se passe comme prévu, entrer en vigueur en avril ou mai de cette année. Les quelques personnes qui, par contre, ont « accepté » de commenter ce système que la Banque de Maurice envisage d’introduire – le projet de loi est prêt –, l’ont fait ‘off-record’ pour des raisons, somme toute, évidentes. C’est quoi ce nouveau système au juste ?

H.L.-B

Jusqu’ici elles ont refusé de s’exprimer ouvertement sur le National Payment Switch System. Dans un entretien accordé à un quotidien en 2016, le Managing Director d’une banque a lui aussi évité de parler sur la position des banques par rapport à l’introduction de ce système, alors que lors d’une conférence de presse en mars de la même année, le gouverneur d’alors de la Banque de Maurice avait fait comprendre que les banquiers ne seraient pas satisfaits du projet et qu’ils n’y étaient pas donc favorables. BIZweek a tenté d’obtenir vainement auprès de certains hauts cadres des banques un commentaire par rapport au National Payment Switch System. Histoire de connaître leur position, et dans quelle mesure les banques en seront affectées.

« Notre responsable du département des cartes est la personne la plus apte pour vous répondre. Mais il refuse de commenter ce nouveau système », nous indique le responsable de communication d’une banque. Les réactions ont été plus ou moins les mêmes. À l’exception d’une poignée de personnes qui ont joué le jeu en gardant l’anonymat, disent-elles, « par peur de représailles ».

Ces personnes laissent entendre qu’il existe des appréhensions dans le circuit bancaire quant à l’introduction du National Payment Switch System. « Je crois que tout le monde dans le secteur bancaire est en défaveur du projet. Celui-ci est d’ailleurs annoncé pour avril, ou le mois de mai comme l’a laissé comprendre l’ex-gouverneur Basant Roi dans son ‘exit interview’ », indique le responsable de communication qui a pu recueillir quelques réactions des hauts cadres.

Selon lui, les banques jugeraient le projet « inapproprié » ou encore « pas réalisable » par rapport à l’échéance avril-mai. La mise en place d’infrastructures appropriées au niveau des banques est une des raisons évoquées. Quelles sont-elles ? Pas de réponse claire à ce sujet.

Un autre interlocuteur dira tout simplement que le « stand-in processing » n’a pas été pris en compte. Selon les informations disponibles, cette procédure s’explique comme suit : « Stand-in Processing is a vital service in which Visa/Mastercard/American Express will act on behalf of an issuer in the authorization process to approve or decline the transaction ».

Inquiétude des banquiers

Pour un autre interlocuteur, l’aspect sécurité ferait défaut, alors que les banques jouissent de la « sécurité offerte par les acteurs Visa/Mastercard/American Express ». Or, la Banque de Maurice n’aurait « pas offert de garantie par rapport à cet aspect ». Ce dernier avance également que le ‘Operational Manual’ d’un des acteurs susmentionnés est long de 1 500 pages, tandis que la BoM n’aurait « même pas émis de documentation à ce niveau », d’autant plus que, dit-il, il n’y aurait pas eu « beaucoup de consultations avec les banques ».

Le seul aspect qui est prêt : le projet de loi, le National Payment Switch Bill, qui devrait être présenté au Parlement prochainement. Sur ce plan, également, les banquiers ne cachent pas leurs inquiétudes vu que le projet devrait être en vigueur dans pas moins de quatre mois environ et que les « manquements » subsistent.

Enfin, un ex-banquier – plus excentrique dans ses propos – soutient que les clients et les commerces en lignes vont bénéficier pleinement de ce système, car il se traduirait en une baisse des frais bancaires. Les gens pourront mieux se tourner vers les modes de paiement en ligne sans s’inquiéter des commissions qui y sont pris en compte lors des paiements ou encore pour des retraits d’argent effectués à travers l’ATM d’une banque autre que celle où une personne possède un compte. Selon la BoM, les clients s’acquittent des frais variant entre Rs 35 et Rs 80 lorsque ce retrait d’argent est effectué en raison de ce qu’on appelle les « interchange fees » applicables entre les différentes banques.

Se libérer des banquiers gourmands ?

Selon cet ex-banquier, il n’y a pas lieu de prendre en considération les appréhensions des banques car, selon lui, elles essaieraient « simplement de protéger leurs bénéfices », et que le pays devrait être « libéré des banquiers gourmands ».

Que craignent les banques ? Pour l’instant, lorsque des paiements sont effectués à partir des cartes des fournisseurs de cartes bancaires comme Visa ou Mastercard, ils passent par leurs systèmes et cela requiert une commission. Cette commission inclut celle de la banque et du fournisseur de cartes. Lorsque ce système entrera en vigueur, il n’y aura pas lieu de s’acquitter de cette commission. Ce qui baisserait le coût des transactions, et les frais bancaires.

« Les banques sont inquiètes car elles risquent de voir une baisse au niveau de ce qu’on appelle leur ‘Net Income Fee’, c’est-à-dire le revenu issu de  ‘account-related charges to customers’, mais aussi des transactions liées aux cartes. La profitabilité pourrait être affectée. C’est même inévitable », avance-t-il.

De ce fait, les banques devraient mieux faire au niveau des prêts accordés aux clients, tout en innovant au niveau de l’offre pour les commerces en ligne à un prix raisonnable. Il dira enfin que le gouvernement mauricien ne devrait pas « gérer ce système à long terme, mais plus l’externaliser en raison d’une « incapacité à innover ».

 

Pourquoi un tel système ?

Il inquiète certes les banquiers, mais la Banque de Maurice a ses raisons. Le gouverneur d’alors, Ramesh Basant Roi, s’était à plusieurs reprises expliqué sur le National Payment Switch.

Selon lui, le système de paiements joue un rôle clé dans le secteur financier. « Or, Maurice ne possède pas de cadre légal approprié pour le système de paiement », devait-il faire ressortir.

Pour lui, l’implémentation d’un tel système représente « another bold step forward that will foster a digital economy in Mauritius. Technology-driven upgrade of financial market infrastructures will facilitate the use of electronic payments channels, already widely in use in advanced economies, and lower transactions cost for customers ».

La Banque de Maurice explique ce projet, et sa nécessité, en ces termes. Ci-dessous la version d’origine.

« Consumers are being more and more solicited to use new mode of payments. Typically, the products are marketed as ‘free on usage’ with tempting rewards. Payments are indeed not free but represent a multi-billion industry. The total value of payments made at points of sale (POS) in Mauritius approximated Rs146 billion in 2015 with an estimated amount of Rs3.6 billion shared as fees among payment systems operators. The complexity of the structure which involves payment of fees at different levels, unfortunately, too often translates into pain for merchants who foot the bill for electronic payments as well as for consumers who are poached through obscure contracts and hidden costs.

As part of its mandate to ensure financial stability, the Bank sees the necessity to implement a National Payment Switch with a view to promoting a cost effective payment system which will ensure the protection of consumers and enable all players to operate on a level playing field.

Understanding the process of payment by cards

  1. A cardholder presents his card to the merchant for a payment.
  2. The merchant swipes the card in a POS, enters the amount and sends a request for authorization to the acquirer.
  3. In Mauritius, all acquirers are also issuers of cards. Therefore, the acquirer will first check whether the transaction was made through a card issued by itself and authorizes the payment. Otherwise it will electronically send the authorization request to the credit card company Visa, MasterCard etc.
  4. The credit card company will read the authorization request and channel it to the issuer bank for authorization. In this scenario, even transactions effected in Mauritian Rupees are routed through the credit card company which charge a fee for the routing the authorisation.
  5. Once authorization granted, the transaction is complete. The customer is billed the full amount of the transaction while the merchant is paid an amount equal to the cost of transaction net of commissions. The amount of the commission, called merchant fee is charged as a percentage of the value of transaction, the merchant discount rate, and varies depending on the agreement signed between the merchant and the acquirer.

The merchant discount rate has increased significantly in recent years and currently ranges from just under 2% to over 3% of the total transaction amount. About 35% of the merchant discount is paid to the acquirer, 10% to 15% is paid to the credit card company while the largest portion – 50% to 60% – goes to the card issuer as interchange, a fee paid by merchants to reimburse the credit card issuers (usually banks) for assuming the costs and risks associated with credit cards.

Drawbacks of the current setup

Currently, each acquirer and each card issuer has a direct relationship with the card scheme. Card acquirers and issuers, if they are not the same institution, do not interact directly. All payment authorization requests are routed through card schemes and entail payment of fees to the credit card companies.

Banks, merchants and customers collectively face the following problems with the current setup.

  1. The setup is inefficient as each bank approaches the credit card company individually. An authorisation request, even to the next door bank, is routed internationally through the credit card company.
  2. High initial investments and other associated costs act as a barrier to small and new entrants to operate POS and ATM networks.
  3. Merchant fees are relatively high, determined by the high sub-component costs (issuer fees, acquirer fees and proprietary or network fees). The impact of merchant fees is more significant on smaller merchants due to lower volumes of payments.
  4. A substantial amount is paid in US Dollar to credit card companies, even for local transactions denominated in Mauritian Rupees.
  5. The current system does not cater for the integration of electronic payments made through other means such as mobile devices and the internet.
  6. The current setup makes it challenging for Government bodies to participate in the card setup to offer card payment facilities to the public.

A case for The National Payment Switch

The current setup is driven by the individual incentive of each bank and therefore does not take advantage of the collective synergy of a market driven incentive. Government agents as well as small retailers find it quite expensive to accept payments by cards.

A Payment Switch is a system that can interface with any POS system, Automated Teller Machine (ATM), Mobile Payment System and Internet based commerce portals, consolidate all electronic transactions and then intelligently channel them to one or more payment processors for authorization and settlement.

The National Payment Switch will simplify the current card payment system. It will route all transactions made with locally issued cards to a central point (the Switch), for settlement at the Bank. The National Payment Switch will have a single interface with global card payment processors such as VISA, American Express, MasterCard, Diners Club, etc.»

 

 

Profitabilité et chiffre d’affaires : La taille des cartes

« Net fee and commission income recovered from the previous year’s low, growing by 5.2% to Rs 3.3 billion », lit-on dans le rapport annuel 2017 du groupe bancaire MCB. Or, ce n’est pas l’unique groupe à faire face à une telle situation. Chaque année, plusieurs banques font état d’une hausse au niveau du ‘fee and commission income’, c’est-à-dire tout ce qui est frais et commissions bancaires. Pour la SBM, cet item a « increased by 2.31% to MUR 1.05 billion (2015: MUR 1.03 billion) ». Par contre, pour ABC Banking Corporation, le rapport annuel 2016-17 affirme que cet item a enregistré une baisse de 11,4% « following the advent of Common Reporting Standard and the Brexit conundrum ». Il n’empêche que la contribution des cartes bancaires, et plus particulièrement les cartes de crédit, est plus importante que celle des autres services offerts. [Voir tableau]

 

Le Groupe MCB

FEE AND COMMISSION INCOME

RS’M

Au 30 juin 2017

Au 30 juin 2016

Retail banking fees

764.7

762.8

Corporate banking fees

710.4

575.3

Guarantee fees

232.2

222.6

Interbank transaction fees

57.2

51.5

Brokerage

26.0

18.1

Asset Management fees

149.7

135.1

Rental income

155.2

134.1

Cards and other related fees

1,626.2

1,469.1

Trade finance fees

353.0

498.4

Others

205.2

161.6

TOTAL

4,279.8

4,028.6

 

Le Groupe SBM

FEE AND COMMISSION INCOME

MUR’000

Au 31 décembre 2016

Au 31 décembre 2015

Retail banking customer fees

311,954

345,084

Corporate banking customer fees

272,360

243,173

Brokerage Income

35,281

36,598

Asset Management fees

31,432

33,629

Card Income

429,541

397,665

Others

1,377

1,977

TOTAL

1,081,945

1,058,126

 

Bank One

FEE AND COMMISSION INCOME

RS 000

DEC - 16

DEC - 15

Retail banking customer fees

40,458

39,085

Corporate banking credit related fees

8,143

10,517

International banking customer fees

88,016

58,441

Guarantees

7,994

5,604

Credit cards and e-commerce related fees

236,767

185,240

Others

30,458

20,101

TOTAL

411,836

318,988

 

ABC Banking Corporation

FEE AND COMMISSION INCOME (MUR)

2017

Restated 2016

Card and related fee income

60,940,790

71,597,790

Processing fees

6,319,307

8,731,515

International banking

25,127,571

30,106,976

Interbank transaction fees

9,080,598

8,908,546

Others

11,524,326

8,798,160

TOTAL

112,992,592

128,142,987

 

AFRASIA BANK LIMITED (the group)

FEE AND COMMISSION INCOME

MUR’000

Au 30 juin 2017

Au 30 juin 2016

Credit related fees and commission income

384,535

321,640

Subscription fees

5,906

4,795

Management and performance fees

54,848

61,404

Consulting and advisory fees

324

33,387

Trading commission

6,982

20,795

Custody fees income

198,596

118,220

Other fees received

29,348

21,608

TOTAL

680,539

581,849

 

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