Maurice, 3e en Afrique, n’échappe pas à la tendance

Récemment, les autorités de la concurrence aux états-Unis ont refusé la fusion entre l’opérateur télécom AT&T et le géant Time Warner. Au pays des fusions-acquisitions, cette annonce a plus que surpris, mais il semble que le problème soit plus politique qu’économique. Maurice connaît également sa vague de fusions-acquisitions. Une tendance notée depuis l’année dernière

H.L.-B

C’est en 2016 que AT&T annonçait avoir conclu un accord pour racheter le propriétaire des chaînes CNN et HBO : Warner Bros. Cela devait être la plus grosse fusion de l’année 2017. Or, ce mois-ci, les autorités de la concurrence américaines se sont opposées à cette fusion estimée à 85 milliards de dollars.

AT&T a qualifié cette décision de « mesure radicale et inexplicable compte tenu de décennies de législation
antitrust ». « Des fusions verticales comme celles-ci sont régulièrement acceptées, car elles bénéficient aux consommateurs sans amoindrir la concurrence sur le marché »
, a affirmé AT&T, et « nous ne voyons aucune raison à ce que notre fusion soit traitée différemment ».

Le ministère de la Justice a au contraire affirmé que cette fusion nuirait aux consommateurs en « réduisant la concurrence, menant à des prix plus élevés et en restreignant l’innovation pour des millions d’Américains ».

Maurice n’est pas épargné par cette tendance de fusion-acquisition. Selon la COMESA Competition Commission, notre pays est le troisième – au niveau de l’Afrique – à enregistrer le plus grand nombre de fusions, à savoir une cinquantaine. 

Dans un passé récent

Le pays a connu son lot de fusions dans le passé, ce qui a donné naissance à des mastodontes dans le monde des affaires. Par exemple, la création du groupe Ireland Blyth Ltd remonte à 1972, suite à la fusion de Blyth Brothers & Co et Ireland Fraser & Company Ltd.

L’année dernière, les conseils d’administration d’Ireland Blyth Ltd (IBL) et de GML Investissement Ltée (GMLI) ont décidé de regrouper les deux entreprises pour céder la place à une nouvelle entité : le groupe IBL Ltd. Cette démarche découle d’une stratégie de renforcement de la performance opérationnelle, de la croissance du capital et des résultats financiers sur le long terme. Aujourd’hui, IBL Ltd est considérée comme l’une des plus importantes capitalisations boursières à la Bourse de Maurice.

D’autre part, anciennement connue sous le nom de « Groupe CIEL », CIEL Limited est la nouvelle entité issue de la fusion, en janvier 2014, entre CIEL Investment Ltd et Deep River Investment Ltd, la ‘holding’ du groupe.

Avant cela, nous avons connu la fusion, dans l’industrie sucrière, entre Deep River Beau Champ (DRBC) et Flacq United Estates Ltd (FUEL), pour donner lieu à Alteo Limited.

Des acquisitions dans le global business

En décembre de l’année dernière, le groupe britannique Sanne Group Plc a fait l’acquisition de l’International Financial Services Ltd (IFS). Le ‘deal’, estimé à environ Rs 4,4 milliards, devait être complété au premier trimestre de cette année, et depuis, l’IFS est une entité subsidiaire de ce groupe britannique. Pour rappel, l’IFS est un des pionniers du secteur offshore/global business à Maurice.

Plus récemment, Rogers Capital Corporate Services a complété l’acquisition de Globefin Management Services, une Management Company opérant dans le secteur du global business et tournée vers l’Afrique. Cette nouvelle acquisition s’avère être la quatrième pour Rogers Capital, qui avait déjà consolidé sa présence dans le monde financier à travers l’acquisition de Consilex, Kross Border et River Court Administrators. L’objectif derrière ces acquisitions est de donner une nouvelle impulsion à son pôle financier.

La consommation et l’hospitalier également concernés

Au premier trimestre de 2017, le pays a témoigné de l’acquisition des opérations d’Apollo Bramwell Hospital par le groupe CIEL à travers sa filiale Medical & Surgical Centre. Mais cette transaction n’était pas sans difficulté. Suite à des plaintes selon lesquelles ladite transaction pourrait soulever des problèmes au niveau de la concurrence, la Competition Commission of Mauritius (CCM) a initié une enquête afin de déterminer si, effectivement, cette acquisition pourrait réduire le choix de centre hospitalier pour les patients ; si elle se traduirait en une augmentation des prix ; ou si elle conduirait à la fermeture d’autres cliniques privées. La conclusion de l’enquête, rendue publique en mars, devait stipuler que l’acquisition ne représente aucun problème pour le secteur.

Mais elle a toutefois plombé les résultats de Medical & Surgical Centre, donc du groupe CIEL. Pour rappel, le centre hospitalier a changé de nom pour être désormais connu comme Wellkin Hospital.

Quelques mois plus tard, c’est au tour du groupe Harel Mallac d’annoncer la vente d’actions de la Compagnie des Magasins Populaires Ltée (CMPL) – qui opère les chaînes Monoprix – au groupe IBL à travers sa filiale Winhold Ltd, qui gère les supermarchés Winners.

Les deux étant les principales enseignes de la grande distribution du pays, la CCM a initié une enquête pour déterminer si cette acquisition par IBL Ltd poserait problème au niveau de la concurrence. Or, la Commission devait conclure que tel ne serait pas le cas.

Entretemps, cette transaction permet au groupe IBL de mieux consolider sa présence dans la grande distribution, et au groupe Harel Mallac d’entamer une transition du commerce classique vers les services aux entreprises.

 

 

 

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