L’Iran et l’interventionnisme américain [3ème partie de Où va l'Amérique]

Le dernier volet de l’analyse de la politique étrangère américaine est aujourd’hui consacré à l’Iran, que le département d’état vient de désigner comme l’ennemi à abattre dans la région du Golfe... Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les relations entre les États-Unis et l’Iran n’existaient peu ou pas. Très vite, cependant, ce sont les fabuleux gisements de pétrole du pays qui allaient exciter la convoitise du monde anglo-saxon, pionnier de l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient. À travers l’Anglo-Iranian Oil (futur BP, British Petroleum), le pétrole allait mettre un feu permanent aux relations entre les Anglo-américains et Téhéran. Très vite, les iraniens découvrent qu’une partie des profits issus de l’exploitation pétrolière échappe au partage à parts égales des deux actionnaires et que les iraniens sont les dindons de la farce.

Le pays était alors dirigé par le Shah qui avait comme Premier ministre, Mohammad Mossadegh. Sentant que la situation allait échapper aux Anglo-américains, la CIA entre en jeu et fait revenir d’un bref exil le Shah. Le premier ministre Mossadegh se raidit un peu plus, et est finalement renversé par la fameuse opération Ajax qui, sous le couvert de manifestations estudiantines, manifeste son opposition au Premier ministre. Le pétrole gagne la partie et Mossadegh, destitué.

Le Grand Satan

En 1979, Ayatollah Khomeini, chef suprême des chiites que le Shah avait envoyé en exil, revient dans le pays et destitue à son tour le Shah qui part en exil aux États-Unis. Les conservateurs islamiques et une certaine frange de la population iranienne, furieux devant l’occidentalisation et le développement trop rapide du pays, applaudit et accueille Khomeini en sauveur. En novembre de la même année, des “étudiants” iraniens envahissent l’ambassade des États-Unis et retiennent en otage 52 citoyens américains pendant... 444 jours. Les États-Unis sont alors appelés par la rue iranienne instrumentalisé par les mollahs, le Grand Satan…

La crise américano-iranienne atteint alors sa vitesse de croisière qui va durer de nombreuses années sous plusieurs présidences américaines, et va constituer la toile de fond des relations entre les deux pays.

Depuis, les choses ont bien changé parce que la politique est devenue la géopolitique, avec alliés et ennemis des uns et des autres sur fond de rivalité, puis de Guerre entre chiites et sunnites. Et, au milieu de ce monde arabo-musulman en ébullition, Israël, voisin immédiat et ennemi déclaré de l’Iran dont Tel Aviv dit qu’il veut sa perte...

À feu et à sang

Comme partout dans le monde, la diplomatie reprend peu à peu le pas sur les armes, après plusieurs guerres successives, entre Iraniens chiites et Irakiens sunnites tout d’abord, puis entre Américains et Irakiens. Mais à quel prix ?

Rien n’est aujourd’hui réglé dans ce Moyen-Orient compliqué au sein duquel la diplomatie américaine semble se perdre au gré des présidences démocrates et républicaines. George Bush père, en 1990, et son fiston, George W, quelques années plus tard, ont mis l’Irak à feu et à sang. Le nationalisme arabe de Saddam Hussein, le sunnite honni, a été remplacé par l’extrémisme religieux de Daech et d’Al Qaeda qui ont mis le Moyen-Orient à feu et à sang. Pendant tout ce temps, l’Iran chiite s’était contenté de “gérer” le Liban voisin et multiconfessionnel au carrefour des deux branches de l’Islam et d’une chrétienté installée depuis de nombreux siècles. Puis arriva la déstabilisation de la Syrie à travers un Printemps arabe qui avait eu raison du président Ben Ali, en Tunisie, et de son collègue Mubarak en égypte.

Première épine dans le pied américain

Désireux de se ménager les lendemains chantants dans un Moyen-Orient que toutes les bonnes âmes voyaient basculer dans une douce démocratie à l’occidentale, la très soft diplomatie obamienne cloua rapidement la Syrie de Bachar au pilori de la bonne conscience occidentale et, avec elle, ses indéfectibles alliés iraniens et russes qui devinrent, dans la foulée, les deux ennemis principaux de Washington dans la région. Avec l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, en 2016, tous les observateurs pensaient que la diplomatie américaine ferait tout pour s’attirer les bonnes grâces de Téhéran qui avait mis, entre-temps, beaucoup d’eau dans... son thé. L’accord de Vienne signé en 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, sur le contrôle du programme nucléaire iranien, donnait à penser que Téhéran rentrerait pour de bon dans le concert international....

Mais c’était sans compter avec les liens resserrés entre Washington et Tel Aviv par une diplomatie américaine résolument pro-israélienne et de facto anti-iranienne. Première épine dans le pied américain, la victoire du gouvernement Assad sur Daech dans le conflit syrien. La victoire des Russes et du Hezbollah iranien aux côtés du dirigeant syrien sonna le glas de la diplomatie américaine dans la région.

Refus de certifier l’accord

Sentant venir ce revers important, Donald Trump, désormais en concurrence directe avec les Russes, manifesta sa mauvaise humeur à l’égard de Téhéran en refusant de “certifier” l’accord sur le nucléaire iranien. Condamné du bout des lèvres par les pays européens signataires de l’accord, la diplomatie américaine semble engluée dans une impasse dont elle ne sait plus comment sortir.

Il y a quelques semaines, lors des manifestations de rues à Téhéran, les États-Unis demandaient une réunion très controversée du Conseil de Sécurité de l’ONU avançant que “le régime iranien bafouait les droits de son peuple”. Ce à quoi les Russes répondaient que “c’était aux iraniens eux-mêmes de régler leurs problèmes”, enfonçant un nouveau coin dans une diplomatie américaine qui est bien mal en point, et qui ne sait plus où donner de la tête ...

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