Jérusalem - Où va Trump?

La victoire électorale de Donald Trump avait réjoui un grand nombre d’Américains enfin débarrassés d’Hillary Clinton qui se proposait de succéder à Barack Obama à la Maison Blanche. Trump était devenu, au fil de la campagne électorale, ce casseur de codes que toute l’Amérique populaire souhaitait pour mettre fin à l’hégémonie de cet establishment de la côte-est américaine et de ces élites qui se partageaient de façon indécente le gâteau décisionnaire en circuit fermé et souvent de manière dédaigneuse. Hillary Clinton en était devenue la championne antipathique que personne ne regretta une fois sa défaite consommée.

Un an après que reste-t-il de cette vague de sympathie partie des sans grades du Rust Belt et qui avait gagné une Amérique secouée par les affres d’une mondialisation galopante et destructrice d’emplois ?

Il semble que, sur le plan intérieur, Trump n’ait rien perdu de sa popularité. Le marché de l’emploi est en nette progression et le chômage est tombé à son niveau le plus bas depuis décembre 2000, soit 4,1%. Gros-Jean comme devant, les démocrates qui l’attendaient au tournant économique en ont pour leurs frais, la dernière réforme fiscale initiée par le Président Trump représentant une véritable révolution bénéfique pour l’emploi, les entreprises et les classes moyennes.

La toute dernière élection sénatoriale perdue en Alabama par le candidat républicain est plus à mettre sur le compte du candidat battu lui-même, Roy Moore, que sur un quelconque désaveu de la politique du Président Trump.

L’incontestable popularité du président américain sur le plan intérieur ne va-t-il pas être contrebalancée par une politique étrangère pour le moins hasardeuse de la Maison Blanche depuis quelques mois ?

Révolutions spectaculaires

La gestion de la crise avec la Corée du Nord a donné des sueurs froides au monde entier tant la folie de Kim Jon-un n’avait d’égal que les déclarations incendiaires du Président américain qui n’a rien fait pour éteindre l’incendie verbal entre les deux leaders. Il faut cependant remarquer que cette politique de la carotte et du bâton a peut-être eu du bon puisque, depuis quelques semaines, la diplomatie semble avoir pris le dessus sur l’explosivité de la question traitée par les deux présidents.

Là où les choses sont les plus sérieuses, c’est au Moyen-Orient, pour le moins déstabilisé par l’imprévisibilité de la diplomatie, et non pas du secrétaire d’État Rex Tillerson, mais de la Maison Blanche, puisque toutes les initiatives semblent émaner directement de la présidence américaine.

Ce fut d’abord le virage à 90 degrés qui propulsa l’Arabie saoudite, considérée jusque-là comme le principal pourvoyeur d’aides au terrorisme islamique, comme gendarme reconverti de la région ; un appel du pied sans équivoque aux sunnites, principaux soutiens de Daech avant sa cuisante défaite en Irak et en Syrie. Dans le même temps, Trump démantelait l’accord péniblement signé l’année dernière entre les grandes puissances et l’Iran sur la délicate question de son programme nucléaire. Un désaveu clair et net des chiites de la région dont l’Iran est le fer de lance.

Ces deux révolutions spectaculaires opérées par les États-Unis, les observateurs pensaient que le président américain allait mettre un temps d’arrêt à ces initiatives pour le moins contestables et dangereuses pour la stabilité dans la région. Mais c’était mal connaître Donald Trump qui vient d’entamer la partie la plus délicate de son jeu d’échecs. Le président américain suggérait, en effet, que Jérusalem pourrait devenir la capitale de l’État d’Israël.

Un plan de partage selon l’ONU

Jamais aucun président américain n’avait osé toucher au statut de Jérusalem, qui est la ville sacrée pour les trois religions du livre, - expression courante pour désigner les religions abrahamiques inspirées du monothéisme de l’Ancien Testament, Judaïsme, Christianisme et Islam.

Le statut, certes bancal de la Ville Sainte, issu des lendemains de la seconde Guerre mondiale a essentiellement été inspiré par les revendications juives et arabes sur la Palestine. L’ONU proposa alors un plan de partage et découpa la ville de Jérusalem en trois zones internationales qui respecteront le caractère sacré de la ville en fonction de son héritage religieux. La partie juive qui comprend Le Mur des Lamentations, dernier vestige du second temple de Jérusalem détruit par les Romains en 70 Après JC, le Saint Sépulcre, lieu saint chrétien qui abriterait le tombeau du Christ, et enfin l’Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’Islam sunnite qui comprend essentiellement la Mosquée Al-Aqsa, d’où le prophète se serait élevé au Ciel. Mais avant que le conseil de tutelle de l’ONU ne puisse élaborer les détails du statut de la ville, éclate alors la première guerre israélo-arabe, le 15 mai 1948, le lendemain même de la proclamation de la création de l’état juif. Israël conquiert alors la partie ouest de Jérusalem, et la Jordanie sa partie est.

Puis, en 1967, à la veille de la Guerre des Six Jours, 23 ambassades sont installées à Jérusalem ouest ; tandis que le roi Hussein de Jordanie tente de faire de Jérusalem est sa capitale. Victorieux de cette Guerre des Six Jours, Israël prend le contrôle de l’ensemble de la ville. Devant la complexité du statut de Jérusalem, la communauté internationale décide d’un statu quo pour les lieux saints gérés séparément par les autorités des trois religions et ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale israélienne. Depuis, toutes les ambassades étrangères sont situées à Tel-Aviv.

Vers un nouvel embrasement...

En 1995 pourtant, le Congrès américain vote, sous la pression du lobby juif du pays (six millions de Juifs américains), le transfert de son ambassade à Jérusalem, mais laisse la possibilité aux présidents de l’appliquer ou de la retarder.

C’est donc une promesse de sa campagne électorale que le Président Trump vient d’acter, créant ainsi ce qu’un observateur appelle « le rêve israélien et le cauchemar arabe ». Le principal lobby juif aux États-Unis (l’AIPAC - American Israel Public Affairs Committee), créé en 1951, n’a jamais cessé de pousser à la roue pour que le vote de 1995 soit entériné. Cette forte pression s’est trouvée renforcée par le lobby évangélique, ce courant du christianisme qui a dévié vers la réforme protestante, et qui prend de plus en plus d’ampleur dans ce pays ; les évangélistes constituent aujourd’hui une base non négligeable du socle électoral républicain.

Le fragile équilibre inter-religieux semble aujourd’hui rompu par cette décision de la Maison Blanche. Va-t-on vers un nouvel embrasement de la région ? Ce qui est curieux dans toute cette affaire, c’est qu’après les premiers jours aux déclarations incendiaires, la rue arabe semble  étrangement calme. Les récents gages donnés par les Américains aux sunnites d’Arabie saoudite et par opposition les menaces adressées aux chiites par Iran interposé ne seraient-elles pas la pierre angulaire de toute la stratégie trumpienne ?

 

 

 JEAN PIERRE LENOIR

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