Innovation, vous dites ?

Ils étaient nombreux à poser des questions sur l’interprétation du terme et les moyens d’y parvenir. C’est dire l’intérêt que revêt le terme « innovation » pour nombre d’acteurs mauriciens. C’était lors d’un atelier de travail organisé conjointement par le Mauritius Institute of Directors (MIoD) et Red Dot à La Turbine, à Moka, et ayant pour thème ‘Innovation Secrets : Best practices from Singapore and Silicon Valley’

H.L.-B

Les ‘burning questions’ autour du thème ‘Innovation’ ne manquaient pas. Comment et par où commencer ? Comment retrouver sa confiance créative ? Comment définir le terme innovation ? Existe-t-il une technique pour innover ? Pourquoi les compagnies ne sont-elles pas encore prêtes ? Comment concilier innovation et techniques de résolution de problèmes ? L’île Maurice peut-elle effectivement se comparer à Singapour en termes d’innovation ? Ainsi, ils étaient nombreux, mercredi, à adresser leurs questions à Min Lee et Alam Kasenally, respectivement Chief Executive Officer (CEO) et Chief Product Officer de Red Dot. Cette boîte a organisé, en collaboration avec le Mauritius Institute of Directors (MIoD), un atelier de travail sur le thème ‘Innovation Secrets : Best practices from Singapore and Silicon Valley’.

Selon la CEO de Red Dot, beaucoup de gens souhaitent innover, mais ne savent pas forcément comment procéder ou par où commencer ; alors que tout le monde possède ce qu’on appelle la confiance créative, c’est-à-dire la capacité à venir avec de nouvelles idées.

Pour Alam Kasenally, les gens ont tendance à associer l’innovation avec la mise en place des applications. Pourtant, affirme-t-il, en termes simples, l’innovation peut se décrire comme « la différence qui fait la différence ». Par exemple, poursuit-il, le développement de l’Export Processing Zone (EPZ) à Maurice a été une innovation, car elle a permis, pour la première fois, aux femmes de travailler. Il cite également l’exemple de Farmcity, une start-up qui a démarré ses activités à Maurice une année de cela, et qui propose des produits organiques, et promeut des systèmes comme la collecte des eaux de pluies…

« L’innovation est désormais inclusive. Elle est accessible à tout le monde, et n’est plus l’apanage d’un laboratoire de recherche ou des grandes sociétés. Et les idées innovatrices surviennent à travers le contact avec les gens, des observations ou encore en comprenant les besoins de ses clients », fait ressortir Min Lee.

L’exemple de la DBS Bank

Toutefois, le secret est d’un « comprendre les leviers ». C’est-à-dire faire un minimum d’efforts pour parvenir à un résultat important. Il existe, à cet effet, trois types de leviers qui contribuent à l’accroissement de la valeur d’une société : le ‘Price-Performance Leverage’ (dont un exemple pourrait être le 3D-printing), le ‘Data Leverage’ (une société qui gère ses données peut mieux profiter des opportunités qu’elles offrent, à l’instar d’Amazon qui possède une connaissance des transactions de ses clients) et le ‘Network Leverage’ (70% de la valeur en technologie est générée par l’effet du réseautage, comme c’est le cas pour Twitter, Uber, LinkedIn…).

Comment donc innover ? Pour répondre à cette question, Min Lee fait référence à la DBS Bank de Singapour qui a été nommée la ‘World’s Best Digital Bank’ en 2016, et qui est la seule banque à avoir reçu l’Engineering Achievement Award. Selon ses observations, quelques-unes des leçons à tirer du parcours de DBS Bank sont : l’innovation demeure la « priorité stratégique » du Chief Executive Officer Piyush Gupta. Près de 1 000 expérimentations sont faites à travers la banque. Plus de 2 000 employés ont reçu une formation en ‘design thinking’, c’est-à-dire une approche de l'innovation et de son management qui se veut une synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Il s'appuie beaucoup sur un processus de co-créativité impliquant des retours de l'utilisateur final. Enfin, la banque a créé un système de partenariat favorisant le ‘outside-in thinking’, tout en gérant le business et en prenant en compte les besoins de ses clients.

Pour conclure cet atelier de travail, certains hauts cadres présents n’ont pas hésité à se demander pourquoi certaines compagnies n’arrivent pas à innover. L’un d’eux évoque « l’ego du Chief Executive Officer » qui se dresse en obstacle sur le chemin de l’innovation. D’autres soutiennent que le CEO a d’habitude des mandats à court terme, et il préfère se concentrer sur les retours et profitabilité immédiats plutôt que sur l’innovation. Selon le CEO d’une société présent à l’atelier, le fait demeure que nous manquons de sophistication.

« Nous avons, par exemple, des développeurs compétents, mais nous prenons du retard dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la blockchain, le Big Data… Comment faire pour former mes employés pour qu’ils développent ce petit plus pour pouvoir innover ? C’est difficile. Pour bouger vers le prochain niveau, il nous faut des experts », laisse-t-il entendre.

 

 

Le premier appareil numérique en… 1978

Steven Sasson, ingénieur en électricité, a inventé l'appareil photo numérique alors qu'il était employé par Eastman Kodak et n’avait que 24 ans. Les travaux précurseurs ont commencé en 1975, et le premier prototype de l’appareil numérique était prêt en 1978, et était connu comme la ‘Electronic still camera’.

 

«Ils étaient persuadés que personne ne voudrait jamais regarder ses photographies sur un téléviseur, raconte Steven Sasson. [...] Imprimer était présent depuis plus de cent ans, personne ne se plaignait des tirages, ils étaient très peu coûteux, alors pourquoi quelqu'un voudrait-il regarder [ses] photographie[s] sur un poste de télévision ?»

  Trois ans plus tard, le premier appareil photo électronique est breveté, mais le service marketing et commercial de Kodak refuse de le mettre sur le marché de peur qu'il ne provoque l'arrêt de la vente des pellicules... Kodak possède alors un quasi-monopole sur le marché de la photographie, et ce, à chaque étape du processus photographique. Entre 1981 et le début des années 1990, Sony, Canon et Nikon ont dévoilé des prototypes similaires. Kodak ne commercialisera son premier appareil numérique destiné aux amateurs qu'en 1994.

 

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