Géopolitique: Après Skripal, voici maintenant les armes chimiques ...

On a nettement l’impression, depuis quelques semaines, qu’une main invisible joue à un ballet géopolitique intense sur fond d’affrontement entre les deux grandes puissances, américaine et russe. Qu’en est-il exactement ?

À l’heure où j’écris ces lignes (3h48 du jeudi 12 avril au matin), un fragile statu quo régit, dans l’attente des frappes américaines annoncées, les heures les plus dramatiques de la géopolitique mondiale. Car il semble que ce n’est plus d’une affaire strictement syrienne qu’il s’agit, mais d’une surenchère politico-militaire entre les États-Unis et la Russie.

Le décor nous rappelle étrangement celui de la crise de Cuba en 1962, pendant laquelle le monde frisa un affrontement nucléaire entre les deux grands de l’époque avec, dans les rôles principaux, les présidents Kennedy et Khrouchtchev. Cet événement avait pour toile de fond Cuba et son très célèbre Fidel Castro ...

Incohérences flagrantes

Dans la partie de poker actuelle, on a le sentiment qu’il y a une volonté bien précise de jeter de l’huile sur un feu allumé depuis quelques mois par des pyromanes-pompiers biens intentionnés. Le premier pic de la crise a eu lieu, il y a à peine un mois, avec l’affaire Skripal, du nom de cet ex-agent double russe et de sa fille empoisonnés en Angleterre. Sans attendre et sans donner d’ailleurs aucune preuve de ce qu’ils ont rapidement annoncé, les autorités anglaises montraient la Russie de Poutine du doigt en l’accusant d’être les instigateurs de cet empoisonnement. Quelques alliés européens de l’Angleterre emboîtèrent le pas à ces accusations, sans trop de convictions et surtout sans preuve aucune.

Aujourd’hui, cette affaire a fait long feu puisque les incohérences du dossier d’accusation sont flagrantes. On est donc passé à autre chose. Et cette autre chose, c’est quoi ? Tout simplement le procès fait aux autorités syriennes et leurs alliés russes pour avoir procédé à une attaque chimique contre un des derniers bastions des islamistes dans la Ghouta orientale aux portes de Damas. Et, là encore, les incohérences sont aussi flagrantes que dans le dossier Skripal...

Une quarantaine de civils tués

Reprenons les dans le détail. Dans l’affaire d’empoisonnement de l’ex-agent russe, Moscou, le principal accusé n’avait aucune raison ni aucun intérêt à commettre un tel crime à quelques jours de l’élection présidentielle russe, et à quelques mois de la Coupe du monde de football qui a lieu, cette année, en Russie. Il aurait fallu être fou pour imaginer se tirer ainsi une balle dans le pied. Aujourd’hui, presque personne ne parle de cette affaire tant elle semble cousue de fil blanc.

Dans le cas de la présumée attaque chimique dont sont accusés le gouvernement syrien et son président Bachar el-Assad, on retrouve la même incohérence et la même hâte à désigner un coupable bien à propos dans le contexte actuel, alors que...

Le gouvernement syrien a pratiquement gagné la guerre contre l’islamisme et a reconquis, avec l’aide de ses alliés russes et iraniens, la presque totalité du territoire. Quel aurait été l’intérêt de Damas de procéder ainsi à une attaque chimique pour tuer une quarantaine de civils et s’attirer les foudres de tous ceux qui veulent aujourd’hui éliminer le président syrien? Encore une fois, il faudrait être fou pour se tirer ainsi une balle dans le pied.

    

[Sergei et Yulia Skripal]

 

 

 

Des frappes ciblées

Et, dans les deux affaires, on retrouve ces mêmes propositions vicieuses qui consisteraient à effacer les traces des crimes présumés. Le père et la fille Skripal, ayant échappé à la mort, sont actuellement en voie de guérison et pourraient être demain les témoins gênants qui montreraient qu’eux-mêmes ne sont pas sûrs du tout que ce soit le Kremlin qui ait monté le coup. Washington propose donc opportunément de leur donner asile, sous une fausse identité, aux États-Unis, soustrayant ainsi les deux victimes aux enquêtes à venir...

Dans le cas du présumé bombardement chimique à Damas, des frappes opportunément ciblées par les Américains pourraient aussi faire disparaître du théâtre d’opérations syrien les pièces maîtresses d’une éventuelle enquête de l’ONU...

Dans ce théâtre de l’ombre qu’est devenue la relation conflictuelle entre Washington et Moscou, la lecture des événements doit se faire au deuxième ou au troisième degré si on veut essayer de comprendre un tant soit peu ce qui se passe réellement en coulisses...


JEAN PIERRE LENOIR

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