Excès de liquidités et réglementations : Sources d’inquiétude

« Daunting challenge ». C’est en ces termes que Didier Harel, Chairman du groupe MCB, qualifie la situation d’excès de liquidités sur le plan local. Il est rejoint dans ses propos par le Chief Executive, Pierre-Guy Noël, dans le rapport annuel 2017 du groupe. L’environnement réglementaire est aussi cité comme source d’inquiétude puisque les acteurs concernés doivent être à l’affût des nouveaux développements, pas uniquement à Maurice, mais également dans les pays où ils sont présents

H.L.-B

«The Group is subject to heightened competitive pressures in specific niche market segments and mixed conditions across the markets where it is involved. In particular, it faces up to persistently high liquidity conditions in the Mauritian banking sector, with concerns also prevailing in some foreign countries ». Le groupe MCB ne cache pas son inquiétude par rapport à la situation d’excès de liquidités qui persiste dans le pays, et qui affecte le secteur bancaire. C’est ainsi que, dans son discours, le président du conseil d’administration, Didier Harel, qualifie cette situation de « daunting challenge » à court terme. Et que celle-ci pousse le groupe à veiller au grain les tendances macroéconomiques sur le plan local, ainsi que le degré auquel la demande pour le crédit bancaire puisse reprendre dans la mesure où les investissements au niveau des infrastructures nationales s’accélèrent.

De son côté, le Chief Executive du groupe, Pierre-Guy Noël, ajoute que la prévalence d’excès de liquidités, en roupies aussi bien qu’en devises étrangères, demeure une source de préoccupation pour le système bancaire local. Elle s’est traduite en une contraction au niveau des emprunts. Le résultat est que cet item a atteint un « unprecedented low » de 50%, à juin 2017, comme en témoigne le bilan financier. D’autant plus que cette situation d’excès accroît les pressions concurrentielles, et exerce une pression sur les marges.

« Foreign borrowings »

« The prevailing excess liquidity conditions are likely to persist, the more so that some of the large public sector projects are being financed exclusively from abroad. This, coupled with large corporates having growing recourse to the bond market, contributed to dampen the demand for bank credit », fait-il ressortir.

Un peu plus loin, le rapport annuel fait état de ceci: « […] slow-moving national investment levels, ongoing recourse to other financial instruments by some large corporates and Government favouring foreign borrowing to finance infrastructure projects are contributing to dampen overall demand for credit in the Mauritian banking sector ».

Aussi, le taux élevé de liquidités dans le système bancaire, l’année dernière, a exercé des pressions baissières au niveau des taux d’intérêts à court terme, notamment les rendements des bons du Trésor.

Selon les auteurs du rapport, il n’y a pratiquement pas de signe que la situation d’excès de liquidités s’atténuera, d’autant plus que plusieurs gros projets gouvernementaux bénéficieront de financements étrangers.

De nouveaux règlements

Outre l’excès de liquidités, tous les secteurs confondus – y compris le secteur bancaire – font face à de nouveaux développements. « The increasingly demanding regulatory and compliance requirements across presence countries warrant timely and adapted responses as regards the operations and functioning of relevant entities », soutient Didier Harel.

Quant à Pierre-Guy Noël, il avance que les nouveaux développements légaux et réglementaires, aussi bien au chapitre de la conformité et de la technologie, sont en train de remodeler le paysage bancaire. Ce qui pose des difficultés supplémentaires dans la façon d’opérer.

« While they are aimed at reinforcing the oversight of operators and preserving the financial soundness and competitiveness of industries, such developments demonstrate the increasingly exigent environment facing financial institutions, thereby calling for due attention and the deployment of appropriate initiatives to ensure that stipulations are adhered to, alongside furthering business growth », lit-on dans le rapport annuel.

Quels sont les changements qui ont été apportés au niveau du paysage local, pour les secteurs bancaire et financier ?

a.     Révision du ‘Guideline on Credit Impairment Measurement and Income Recognition’ : « Definitions for ‘large credit’ changed and new sections brought about in relation to the classification and assessment of credit impairment, application of prudential norms in credit classification and provision for credit losses, and restructured loans.»

b.    Révision du ‘Guideline on the Computation of Loan-to-Value Ratio for Residential and Commercial Property Loans’: «Notably to grant a maximum LTV of 100% of the value of the residential property for credit facilities up to an amount of Rs 5 million as regards the purchase/ construction of a first housing unit.»

c.     Mise sur pied de nouveaux cadres réglementaires pour les ‘primary dealers’ et les ‘foreign exchange market makers’ : « The aim is to develop the secondary market in Government papers and improve liquidity levels, while creating well-functioning money and foreign exchange markets.»

d.    Des amendements à la Banking Act 2004 et la Bank of Mauritius Act 2004: « The Bank of Mauritius has been empowered to request information from any financial entity for financial stability purposes and conduct effective conglomerate and consolidated supervision. Besides, the Mauritius Revenue Authority (MRA) has been empowered to request any deposit taking institution a statement of financial transactions effected by an individual/société/succession that made a deposit exceeding Rs 500,000 or above Rs 4 million in aggregate in the preceding year, with money changers and foreign exchange dealers also having to submit such returns to the MRA with regard to the sales, purchases or transfers of foreign currency worth at least Rs 200,000 in a single transaction. Moreover, the Borrowers Protection Act 2007 was amended, whereby all credit facilities of up to Rs 3 million (compared to a limit of Rs 2 million before) now fall under the purview of the legislation. »

e.     La conformité à l’International Financial Reporting Standard (IFRS 9): « The adoption of an ‘Expected Credit Loss’ model to determine provision levels. The standard, which replaces earlier standards for financial instruments, i.e. IAS 39, will be effective as from 1 January 2018, with financial reporting to be drafted under the new standard as from the financial year beginning after this date. »

f.     En relation à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme: «In addition to the update of the relevant Guidance Notes by the Bank of Mauritius, the Financial Services Commission has, in July last, amended its Code, whereby licensees are required to, as far as possible, adopt an appropriate risk-based approach to ensure that measures put into place correspond to identified risks.»

Ainsi, le Conseil d’administration du groupe fait ressortir qu’en dépit d’une reprise graduelle des conditions économiques globales, les filiales du MCB Group s’exposent à un environnement exigeant dans les différents marchés où elles sont présentes.

 

Le nouveau cadre CSR déploré

Le groupe MCB continuera à apporter son soutien à la société par le biais de ‘Corporate Social Responsibility’ (CSR). Toutefois, fait-il ressortir dans le rapport annuel 2017, cet item est sujet à de nouvelles règles pour l’année 2017-18 puisque 50% du montant assigné au CSR devront être versés à la National SCR Foundation à travers la Mauritius Revenue Authority (MRA).

«This measure will significantly reduce the leeway for engaging with its NGOs and social partners, while jeopardizing the execution of long term ventures that the Group has been engaging into with a view to promoting the execution of its social welfare and empowerment initiatives», fait-on ressortir.

Par ailleurs, ajoute-on, les ressources financières mises à la disposition de la MCB Forward Foundation se verront réduites, ce qui risque de compromettre l’implémentation de son CSR Programme.

« Of note, as a result of this regulatory imposition, no full-fledged ‘appel à projets’ could be initiated by the Group for the current year, the more so given the declared intention of the Government to appropriate a further 25% of the allocated CSR amount as from FY 2018/19 », deplore le groupe.

 

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