Economic Development Board : Entre optimisme et pessimisme

Trois mois après sa proclamation, l’Economic Development Board (EDB) n’a toujours pas pris son envol. La fusion des institutions concernées (Board of Investment, Financial Services Promotion Agency, Enterprise Mauritius et Mauritius Africa Fund) n’a pas encore été enclenchée. Seule démarche qui s’est concrétisée à ce jour : la nomination d’un ‘Chairperson’, en la personne de Charles Cartier, le 20 novembre. Ce projet a-t-il réussi à trouver grâce auprès de la communauté des affaires ? Pourra-t-il « remplacer » le ministère du Plan qui a été sacrifié quelques années de cela ? 
Les choses avancent à petit pas. Trois mois après sa proclamation au Parlement, l’Economic Development Board (EDB)  a désormais un Chairperson. La nomination officielle a été faite lundi dernier, sur conseil du Premier ministre, après consultation avec le leader de l’opposition. C’est Charles Cartier qui occupera ces fonctions. Selon le Premier ministre et ministre des Finances, suivant une question parlementaire mardi dernier, le Vice-Chairperson et les autres membres du conseil d’administration devraient être nommés d’ici peu. 
« Once the Board has been constituted, action will be initiated for the recruitment of the Chief Executive Officer to drive the process of merger of the organisations mentioned earlier », devait indiquer le Premier ministre.
L’EDB viendra-t-il remplacer le défunt Ministry of Economic Planning and Development ?
« Oui, en quelque sorte, cette nouvelle entité se veut de remplacer le ministère qu’on avait à l’époque, et qui disposait d’unités comme l’Economic Planning Unit. Des fonctionnaires étaient au service de la nation à travers ce ministère », explique un observateur économique.

Une situation dangereuse
Or, Reza Uteem, président de la commission économique du MMM, est d’avis que l’EDB emploiera certainement des économistes sur une base contractuelle, soit des produits du secteur privé dont on ne connaîtra pas forcément la vision.
« Si l’économiste émane de l’industrie sucrière, par exemple, ne pensez-vous pas qu’il prendra des décisions qui seraient en faveur de cette industrie, donc du secteur privé ? C’est une situation dangereuse. Aujourd’hui, lorsqu’on nomme les conseillers, il faut passer par le Prime Minister’s Office. Au niveau de l’EDB, c’est le conseil d’administration qui en décidera. C’est toujours le board qui décidera des ‘fees’. Il y aura ainsi une certaine opacité, un gaspillage, surtout que le ‘board’ ne sera pas ‘answerable’ au Parlement », explique-t-il.
Si une telle institution voit le jour après tant d’années, estime-t-on en général, c’est aussi la faute d’un « manque d’économistes » au niveau du ministère des Finances.
Démantèlement du ministère du Plan
« Oui, il y a un manque de planning économique à Maurice. à l’époque, c’est Rama Sithanen, alors ministre des Finances, et Ali Mansoor, secrétaire financier, qui ont démantelé le ministère de Planning et du Développement économique, » lâche-t-on.
Dans un entretien accordé au Mauritius Times en mars 2014, Rundheersing Bheenick – ancien directeur de l’Economic Planning Unit (EPU) – soutient que « major countries like France and Korea never gave up their Economic Planning Units, although they may have re-styled them. The EPU plays a key role in Malaysia. Uganda and Rwanda, both of which have been romping ahead in the economic growth stakes, are well-served by dedicated planning outfits. Nearer to us, South Africa has created strategic planning capacity in the Office of the President and has entrusted its direction to its former Minister of Finance, Trevor Manuel. What do these countries know that we do not know? My answer to your question is an unequivocal Yes! We need to recreate dedicated, stand-alone planning capacity, preferably at the highest level of political decision-making within the Prime Minister’s Office ».
Effectivement, estime Reza Uteem, c’était une « grande erreur ». Le ministère du Plan a cédé la place à celui des Finances, où tout a été regroupé sous un seul toit.
Une cellule de planning
« Pourtant, ce qui fait défaut au pays, c’est bien une cellule de planning au sein d’un ministère dédié. Aujourd’hui, peu importe les projets qu’on entreprend au niveau national, à l’instar du Metro Express, plusieurs ministères y sont impliqués. S’il n’y avait qu’un seul ministère dédié au Planning, c’est lui qui aurait assuré toute la coordination et répondu à certaines questions. Avons-nous suffisamment d’eau, d’électricité et d’infrastructures pour implémenter le Metro
Express »,
avance le président de la commission économique du MMM.
Ainsi, souligne-t-il, ce n’est pas d’un EDB dont le pays a besoin, mais d’un ministère dédié. Surtout que l’EDB a toute l’apparence d’être une entité privatisée vu qu’il sera composé de personnes émanant du secteur privé qui auront leurs propres agendas.
« Si les projets ne sont pas implémentés comme il se doit aujourd’hui, c’est parce qu’il manque un tel ministère, comme on l’avait dans le passé. Il faut d’abord les penser, les planifier et les implémenter. Or, on fait le contraire. On annonce et après on commence le planning. On le fait à l’envers, » soutient un observateur économique.
Qui fait le suivi ?
Un ministère du Planning et du Développement économique aurait fait le suivi au niveau des projets. Surtout dans l’éventualité d’un changement de gouvernement après chaque élection. « Si demain le gouvernement change, il est fort probable que ceux qui sont en charge de l’EDB soient priés de partir. Ou on décide carrément d’abolir l’EDB. Qui assure par la suite le suivi au niveau des projets ? », s’interroge-t-on.
Pour d’autres observateurs, l’EDB aura tendance à se focaliser sur la ‘micro-économie’, alors que le ministère de l’époque se concentrait sur la macroéconomie et faisant des projections, y compris sur la croissance sur la base de certains critères.
Ceux qui ont connu le ministère du Planning et du Développement économique se rappellent que celui-ci implémentait, dans les années 70, des plans de développements économiques.
« Les années de gloire de ce ministère, c’était vers la fin des années 70. A l’époque, le Dr Nijhawan, un cadre de la Banque mondiale, était en charge de l’Economic Planning Unit à Maurice. A cette époque, Maurice développait des projections à long terme de la croissance. On a aussi eu le projet Rural Development Unit qui a assuré le développement de l’électricité dans les zones rurales. Des centaines de kilomètres de routes furent construites. C’était la base de l’industrialisation du pays », se remémore-t-on.
Que des exécutants ?
Ainsi, la décision avait été prise par le Dr Rama Sithanen d’abolir ce ministère et de centraliser tous les pouvoirs au sein du ministère des Finances. « Probablement parce que les deux ministères accomplissaient plus ou moins les mêmes devoirs », estime-t-on. Ou tout simplement parce que le « planning » n’avait plus sa place dans la philosophie néo-libérale et de globalisation.
« Je ne pense pas qu’on pourra faire renaître le ministère du Planning pour des raisons politiques. C’est pour cela qu’on implémente l’EDB », soutient un économiste. Ce dernier évoque une source potentielle de conflits, car il serait difficile de trouver une entente et une collaboration entre le ministère des Finances et celui du Planning. Surtout qu’il se pourrait, selon son analyse, que les différents ministères fassent preuve de réticence, que ce soit envers un ministère du Planning ou l’EDB.
« L’EDB aura un droit de regard sur les projets. Les ministères ne deviendraient, en quelque sorte, que des exécutants des projets. C’est l’EDB qui décidera des projets à implémenter ou pas », ajoute-t-on.
Entretemps, le manque de « planning économique » se fait sentir à chaque niveau. Par exemple, on déplore un manque de développement urbaniste à Maurice. L’exemple typique serait la Cybercité d’Ebène où il y a eu des constructions non planifiées et une absence de projection à long terme.
Aucune projection à long terme
« Cela démontre qu’il n’y a eu aucune projection à long terme et en moins de cohérence dans la manière de concevoir les projets ».
Ce même constat s’applique au secteur de l’éducation, fait-on comprendre. à l’époque, le ministre du Planning et du Développement économique s’attaquait déjà au problème et ‘skills mismatch’ et la demande du marché.
« Rundheersing Bheenick avait mené une étude du marché sur la manière de complémenter la formation des jeunes avec les besoins du marché. Si on avait continué sur cette lignée, on n’aurait pas eu ce problème de ‘mismatch’ et de chômage tel que l’on connaît aujourd’hui », avance un de nos observateurs.
Il n’empêche que la mise sur pied de l’EDB ne laisse pas indifférent. Mais tout dépend de la compétence du Chief Executive Officer et du Chairperson. « Pour être le CEO d’une telle entité et mener à bien le projet de fusion du BOI, d’EM, de la FSPA et du MAF, cela requiert une expertise spécialisée dont peu de gens à Maurice disposent ».
Autre question qui reste posée : est-ce que l’essence même de l’EDB sera similaire à celle du ministre du Planning, dont la politique émanait du gouvernement, ou se tournera-t-elle plus vers le secteur privé ?
 
 

Les objectifs et fonctions de l’EDB
L’Economic Development Board (EDB) Bill a été voté, sans amendement, le 19 juillet, au Parlement. Quelles sont les grandes lignes de cette nouvelle entité?
The objects of the Economic Development Board shall be to –
 
(a) Provide strong institutional support for strategic economic planning and ensure greater coherence and effectiveness in economic policy formulation;
(b) Promote Mauritius as an attractive investment and business centre, a competitive export platform as well as an international financial centre;
(c) Act as the main institution responsible for country branding for investment promotion;
(d) Facilitate both inward and outward investment and ensure a conducive business environment.
 
The functions of the Economic Development Board shall be to –
 
(a) Provide high-level strategic and policy advice to Government on economic policy formulation;
(b) Initiate and undertake necessary economic research at the macro-economic level, engage with stakeholders on economic matters and formulate investment and trade promotion policies, plans and strategies;
(c) Coordinate efforts across different institutions and public sector agencies for economic diversification, upgrading of existing economic sectors and promoting efficiency in export promotion;
(d) Advise Government on appropriate policies and strategies for socio-economic development, trade development, export and investment promotion, infrastructure development, labour market improvement and business facilitation;
(e) Advise on, and facilitate, the development of major projects which are of significance or strategic importance to the economy;
(f) Monitor and evaluate the outcome of policies and projects;
(g) Improve business environment and undertake such other activities as may be necessary to promote Mauritius as an attractive base for investment and as an international financial centre;
(h) Identify opportunities in new economic sectors and engage with international partners to develop strategic alliances to create the appropriate ecosystem for these sectors;
(i) Spearhead outward investment and assist in developing joint ventures and partnership agreements;
(j) Act as the single interface with all investors and liaise with relevant authorities;
(k) Manage the Film Rebate Scheme, the Integrated Resort Scheme, the Investment Hotel Scheme, the Mauritian Diaspora Scheme, the Property Development Scheme, the Real Estate Development Scheme or such other Scheme as the Minister may approve.
 

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