« On commence à avoir des bulles qui nous font peur »

La CFA Society of Mauritius et Notz Stucki Origins Limited ont fait une présentation sur le thème ‘Hedge Funds : Myth vs Reality’. Sébastien Poiret, Managing Director de Notz Stucki Origins, a dressé un tableau de la performance des ‘hedge funds’ tout en évoquant l’environnement de « bull market », qui persiste depuis neuf ans maintenant au niveau des marchés actions. Il explique aussi pourquoi peu de ‘hedge funds’ investissent, pour l’instant, sur la Bourse de Maurice

H.L.-B

 

>> En termes simples, expliquez-nous ce que c’est que les ‘hedge funds’.

Le ‘hedge fund’ est un fonds d’investissement qui peut faire de l’argent quand les marchés montent, ce qu’on appelle le ‘long side’. Là où c’est particulièrement intéressant, c’est qu’il est aussi censé faire de l’argent quand les marchés baissent, ce qu’on appelle le ‘short side’, et a la possibilité d’utiliser un peu d’effets de levier. Donc, prendre un peu plus de risques sans forcément investir uniquement dans les actions et les obligations. Mais il peut aussi investir dans les marchés de devises et de matières premières. Il y a plus de 30 stratégies de ‘hedge funds’ différentes. Cela donne beaucoup plus de flexibilité que les investissements traditionnels en actions et obligations. Il permet, sur de longues périodes, de surperformer les marchés des actions avec moins de risques ; ce qu’on appelle la volatilité, et moins de corrélation.

 

>> Vous avez débuté votre présentation en citant « l’environnement actuel », et en utilisant des termes comme « bulle ». Que devons-nous comprendre ?

Cela fait maintenant neuf ans que nous sommes dans un environnement de « bull market » pour les marchés des actions. Ce cycle dure, en général, entre cinq et huit ans. Celui-ci est un peu plus long que d’habitude. Ce qui n’est peut-être pas surprenant puisque la crise de 2008 a été tellement violente que le cycle est désormais plus long. On commence effectivement à avoir des bulles qui nous font peur, notamment dans les marchés obligataires, les marchés de crédit où les sociétés à haut rendement se refinancent à hauteur de 2 ou 3% en Europe. Ce qui paraît complètement fou. Il faut comprendre aussi que le cycle actuel ne va pas durer indéfiniment, et que l’intérêt et l’appétit pour les ‘hedge funds’, à travers des fonds de ‘hedge funds’, sont en train de revenir.

 

>> Pour reprendre une question d’une personne dans l’audience, devons-nous nous attendre à un crash comme en 2008, et éventuellement un impact sur les ‘hedge funds’?

Un crash comme 2008… Pas forcément. Pour l’instant, tous les signaux sont au vert. La croissance mondiale est bonne et elle est synchronisée. Les résultats des entreprises sont bons. L’inflation est contenue. Donc, l’environnement actuel est bon et nous ne serions pas surpris que la hausse des marchés continue. Pour l’année prochaine, le risque principal, c’est l’inflation. Pour l’instant, elle nous surprend tous, car elle reste contenue. Mais si jamais elle grimpe, les banques centrales devront être plus actives et donc plus restrictives ; ce qui pourrait impacter les marchés obligataires et de crédit.

Maintenant on est persuadé que l’industrie des ‘hedge funds’ est beaucoup mieux positionnée actuellement qu’en 2008 parce qu’elle a appris de ses erreurs. Donc, pour vous donner une idée sur les portefeuilles équilibrés de nos clients, nous avons investi jusqu’à 30% dans les ‘hedge funds’ à travers nos fonds de ‘hedge funds’, dont le plus ancien a 43 ans de « track record ».

 

>> Justement, vous dites que l’industrie a appris de « ses erreurs ». Quelles ont été ces erreurs ?

Il y en a trois principales. La première, c’est le levier. L’industrie utilise beaucoup moins de leviers qu’en 2008, et les banques leur offrent moins de leviers. Deuxièmement, les ‘hedge funds’ utilisent maintenant plusieurs ‘prime brokers’, et donc ne dépendent pas d’un seul ‘prime broker’ qui, à l’époque, le forçait à vendre leurs positions au milieu de la crise. Enfin, beaucoup de ces ‘fund managers’ ont aussi appris des erreurs d’investir dans des investissements non liquides, qui sont devenus des investissements importants suite à des performances négatives et des rédemptions. Nous sommes vraiment confortables aujourd’hui avec un portefeuille de ‘hedge funds’ diversifié qui ne gagnera pas forcément de l’argent si une crise similaire à 2008 se reproduirait, mais qui ferait beaucoup mieux qu’en 2008.

 

>> Les marchés émergents intéressent-ils toujours les investisseurs ?

Depuis un an et demi, oui. Depuis que les marchés émergents ont bien rebondi, la liquidité est de retour. La croissance des bénéfices est aussi réelle et les valorisations sont encore intéressantes. Donc, on ne serait pas surpris que les marchés émergents – à condition que le dollar ne remonte pas trop et que les taux d’intérêts aux états-Unis ne remontent pas trop non plus, car les pays émergents, très sensibles au dollar et au taux d’intérêt, continuent de bien « performer ».

 

>> Est-ce que, finalement, l’industrie des ‘hedge funds’ reste une industrie compliquée et difficile à comprendre ?

C’est une industrie qui est plus complexe et plus sophistiquée ; mais à partir du moment où on a l’expertise, les bonnes équipes de gestion et les bons processus, nous sommes très confortables. Toutefois, il faut être très sélectif. Nous faisons du ‘due diligence’ au niveau de l’investissement, et au niveau opérationnel parce que le ‘hedge fund’, ce n’est pas uniquement investir de l’argent. C’est aussi gérer une société. On veut s’assurer que dans un ‘hedge fund’, il y a le Chief Executive Officer (CEO) qui s’occupe de la société, un Chief Operating Officer pour les opérations, un Chief Risk Officer indépendant en plus, naturellement, du CIO et des Portfolio Managers qui prennent les décisions d’investissements. Certains « hedge funds » ont plusieurs centaines d’employés.

Nous faisons en plus de ces deux « due diligence » de l’analyse quantitative/statistique sur les performances passées. Ce sont donc trois équipes différentes et trois rapports différents qui permettent à nos Portfolio Managers de prendre les décisions d’investir dans des ‘hedge funds’. Nous avons des contacts très réguliers avec eux, notamment en allant les visiter sur place plusieurs fois par an, que ce soit à Londres, à New York ou en Asie. 

Donc, oui, de loin, ça paraît effectivement assez opaque et compliqué. Mais quand on a fait ça depuis plus de 40 ans, et surtout qu’on a investi depuis 40 ans dans les ‘hedge funds’, on les comprend bien.

Messieurs Notz et Stucki ont eu la chance et le flair d’investir avec Georges Soros au début des années 70, et qui est devenu, depuis, le ‘hedge fund manager’ qui a connu le plus de succès. Ils ont été, avec d’autres partenaires en Suisse, les pionniers des fonds de ‘hedge funds’.

 

>> Où se situe Maurice à l’échelle internationale par rapport à l’industrie des ‘hedge funds’ ?

Il y a très peu de ‘hedge funds’ qui investissent sur la Bourse mauricienne. Plus le marché local va se développer, plus le marché va devenir liquide et plus certains ‘hedge funds’ vont investir dans la Bourse locale au niveau des actions, mais aussi à terme au niveau des obligations. Dans la région, il existe un certain nombre de ‘hedge funds’ en Afrique du Sud, qui traitent le marché local. Il y a des ‘hedge funds’ qui investissent dans l’Afrique subsaharienne. Il existe, dans la région, peu d’investisseurs dans les ‘ hedge funds’. Il y en a eu en 2008, et certains ont été déçus. On est persuadé que, même dans la région, l’intérêt pour les ‘hedge funds’ ne va que grandir dans les mois et les années à venir.

 

>> Parlez-nous de Notz Stucki Origins, et de votre stratégie qui, à ce qu’on comprend, est principalement régionale.

Notz Stucki Origins est une ‘joint-venture’ entre le groupe Notz Stucki (USD 9 milliards d’actifs sous gestion) et Origins Limited, le ‘family office’ de M. Gauthier Ismail. En tant que société de gestion indépendante, nous gérons de la clientèle locale et régionale et proposons à nos clients de réinvestir une partie de leurs avoirs dans leurs pays d’ «Origins ».

 

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