Budget - Services financiers: Quelles attentes et propositions ?

Ils sont peu nombreux à vouloir proposer des mesures qui pourraient aider le secteur des services financiers. L’une des raisons avancées : le Blueprint qui est en préparation résumerait « le tout ». D’autres, par contre, n’ont pas de véritables attentes par rapport au budget qui sera présenté prochainement, d’autant que le secteur connaît des moments difficiles…

H.L.-B

 

Alvaro Sobrinho Africa Ltd, Bourse Africa, Jean-Claude Bastos de Morais, Quantum Global, Financial Services Commission, JurisTax, Banque de Maurice, comptes gelés à la MCB, AfrAsia Bank et SBM… Autant de noms qui sont cités régulièrement ces jours-ci. Leur point commun : ils font partie du secteur des services financiers (bancaire et non-bancaire) du pays, que ce soit en tant que société incorporée à Maurice, en tant qu’investisseur, Management Company, régulateur ou banque locale. De l’autre côté, le ministère de tutelle et la firme McKinsey s’attellent à finaliser le Blueprint dédié au secteur en question après que le consultant James Shipton a accompli sa mission de préparer un premier ‘draft’.

Annoncé dans le Budget 2017-18, le « Blueprint » élabore la vision du secteur des services financiers sur les dix prochaines années.

À quoi devrait-on s’attendre dans le budget qui sera présenté, dans un proche avenir, par le ministre des Finances ?

Interrogés, quelques acteurs évoluant dans le secteur ont choisi de partager, avant tout, leurs points de vue sur la situation qui prévaut actuellement. Cela, sous le couvert d’anonymat.

« Personnellement, je n’attends pas grand-chose pour le secteur dans le prochain budget. Il semblerait qu’on a le don d’attirer des investisseurs qui nuisent finalement à la crédibilité de notre centre financier. Et ce n’est pas une bonne chose. Pour l’instant, on assiste à une bataille politique angolaise sur notre territoire à nos dépens, » laisse entendre un haut cadre d’une firme d’audit.

Pour le directeur d’une compagnie évoluant dans le global business, les régulateurs tardent trop à réagir. « Que penser sur le fait que la Financial Services Commission n’a pas agi contre Jean-Claude Bastos de Morais avant, et qu’il a fallu que quelqu’un tire la sonnette d’alarme sur cet investisseur pour que les licences commencent à être suspendues, et les comptes bancaires gelés ? »

Pour un de ses homologues, que nous avons également interrogés, les régulateurs – que ce soit la Banque de Maurice ou la FSC – font un bon travail, mais souvent « ils ne font que réagir au lieu d’agir ». Citant les cas d’Alvaro Sobrinho Africa Ltd et le groupe Quantum Global, il avance que ces cas n’auraient pas été ainsi traités à Dubaï ou Singapour. « Ces pays font tout pour préserver leur réputation au lieu d’étaler ces affaires dans la presse ou au parlement. C’est cela la différence entre notre centre financier et Dubai ou Singapour. C’est pour cela qu’ils ont plus de crédibilité, car la confidentialité est respectée. C’est pour cela que la Suisse ou Londres resteraient toujours des grands centres financiers, » avance-t-il.

Les mesures du budget pour le secteur des services financiers se résumeront au Blueprint. C’est ce que pense le directeur d’une Management Company. C’est certes une bonne chose puisque le document élabore le plan pour les dix prochaines années. Toutefois, indique-t-il, pour l’instant, il existe un manque de directeurs dans le secteur, la FSC, la BoM et l’Economic Development Board (EDB) évoluant chacun de son côté.

« Le plus grand obstacle demeure la FSC. Même si l’EDB fera un bon travail, on n’arrivera pas bien loin. Où sont les gens techniques à la FSC, qui connaissent et comprennent le secteur ? Les services financiers représentent un secteur très vaste », explique-t-il. Il poursuit en ajoutant que suite aux « scandales financiers » qui font la Une des journaux en ce moment, le régulateur peut se montrer plus prudent et strict, mais il ne faut pas oublier « qu’il existe toujours des investisseurs et sociétés qui ne font rien de mal. Ce n’est pas parce qu’un avion s’écrase qu’on doit rappeler tous les autres à terre ».

Ce dernier se dit heureux que tout le monde souhaite et cible une croissance à double chiffre pour le secteur, mais encore faut-il avoir les moyens de le faire.

« On avait la Financial Services Promotion Agency. Elle a été absorbée par l’EDB. Idem pour le BoI. Entretemps, la FSC ouvre un bureau en Inde, et l’ancien CEO de ce régulateur s’en occupe. Où est la logique ? Pourquoi ce bureau ? Est-ce cela la priorité de la FSC ? Quelle est la vision ? », s’interroge-t-il. Le directeur affirme que cela fait deux ans maintenant qu’une ‘Centralised Know-Your-Client database’ a été annoncée, mais « rien n’a été fait jusqu’à présent. »

Pour lui, le problème ne vient pas du ministre de tutelle qui reçoit les acteurs et qui essaie de trouver des solutions. « Le problème émane des officiers qui l’entourent et qui mettent des bâtons dans les roues. Plusieurs d’entre eux ne connaissent pas les rouages de ce vaste secteur », critique-t-il.

 

Place aux propositions

En ce qui concerne ses propositions pour le secteur dans le budget, il dit espérer que le ministre des Finances viendra de l’avant avec des mesures qui inciteront les grands du secteur à l’international de s’implanter à Maurice. « Mettons de côté les affaires qui font du tort à notre juridiction. Saviez-vous que JPMorgan avait une branche à Maurice ? En raison d’un litige avec la Mauritius Revenue Authority, elle est partie. You kill the goose, and then complain », soutient-il.

Un autre directeur dit espérer que le gouvernement étendra les « transitional provisions » que nous avons avec l’Inde, suite aux changements apportés au Traité de non double imposition (DTAA), pour réduire l’impact sur le secteur des services financiers local.

Ce dernier estime également que la Banque de Maurice devrait être plus proactive pour attirer des banques ayant une stratégie africaine, et qui seraient prêtes à utiliser la plateforme mauricienne pour cela.

Pour sa part, Imrith Ramtohul, Senior Investment Consultant chez Aon Hewitt Ltd, évoque le dossier pension. Il explique que les gens qui contribuent en termes de pension n’ont pas de réel « tax incentive » qui les encouragerait à épargner. Au contraire, à l’obtention du ‘lump sum’, la première tranche de Rs 2 millions est ‘tax free’ alors que le reste est sujet à l’impôt.

« C’est comme si on s’acquitte d’une double taxation sur son salaire. Il faut offrir un genre de ‘tax benefit’ aux gens lorsqu’ils contribuent mensuellement à leurs fonds de pension. D’autant plus qu’on assiste à un vieillissement de la population, » fait-il comprendre.

Globalement, il avance que des mesures devraient être annoncées pour attirer des grandes boîtes financières internationales à ouvrir une branche à Maurice. « On ne manque pas de compétences à Maurice. Si Dubaï et Singapour peuvent le faire, pourquoi pas nous ? » se demande-t-il.

Un observateur financier est d’avis que le gouvernement devrait trouver des moyens pour encourager les compagnies locales à être cotées en Bourse. « Peut-être en offrant des ‘tax incentives’. Pour l’instant, on n’a pas grand choix sur la Stock Exchange of Mauritius. Ce sont toujours les mêmes noms et groupes qu’on voit », indique-t-il. Notre interlocuteur poursuit et souligne que les compagnies devraient être également encouragées à se tourner vers les ‘Corporate bonds’ au lieu des emprunts bancaires. « Cela donnerait plus de dynamisme au marché financier. »

Sous le volet régulateur, il estime qu’il est probablement temps de venir de l’avant avec la fusion entre la Banque de Maurice et la Financial Services Commission. « On a vu, avec les scandales récents, qu’il y a un véritable problème. Avoir un seul régulateur pourrait mieux aider le secteur, mais il faut qu’on ait des gens vraiment compétents à la tête ».

En attendant le discours budgétaire…

 

Pension : Les risques du ‘Defined Benefit Scheme’

La pension demeure un sujet sensible, et les fonds de pension jouent – en même temps – un rôle important dans l’économie. Plusieurs compagnies mettent sur pied des régimes de retraite pour leurs employés et, souvent, ils prennent la forme de ‘Defined Benefit’ ou de ‘Defined Contribution’. Dans le premier cas, les cotisations des participants sont fixées à l'avance par le régime et l'employeur assume le solde des cotisations à verser. Et dans le second, l'employeur s'engage à verser des cotisations régulières à un organisme gestionnaire, cotisations qui, augmentées du revenu de leur placement, seront versées sous forme de rentes aux salariés retraités.

Selon le dernier ‘dashboard’ de la firme Aon Hewitt (Mauritius) Ltd, le ‘Defined Benefit Scheme’ a mauvaise presse depuis quelque temps, et est perçu comme un ‘scheme’ comportant trop de risques. À lire le bulletin, à Maurice, le ‘Defined Contribution Scheme’ devient de plus en plus populaire. Explications.

« Under a DB pension scheme, the benefits that you receive at retirement are based on your salary (either the last one or an average over a certain number of years) and the length of your membership in the scheme. For example, under a typical '1/60th final salary scheme', if you have completed 30 years of service and your last salary is Rs 50,000 per month, then you can expect to receive a pension of Rs 25,000 per month.

What kinds of risks are sponsors of such schemes exposed to?

A typical final salary scheme is exposed to the following key risks:

• Investment risk: When the return that is generated by the assets invested is lower than expected.

• Salary risk: When employees' salaries are increased by more than expected.

• Inflation risk: When the actual rate of inflation is higher than expected. It is an issue when pension increases are directly linked to inflation (e.g. the CPI index).

• Longevity risk: Refers to the fact that retirees live longer than expected because of improvement in their standard of living and hence life expectancy.

What are the other risks that pension schemes face?

Pension schemes invest their funds in a wide range of assets like local or overseas shares, government bonds, property, currencies or cash. Thus, pension schemes can be affected by Illiquidity risk, Volatility risk and Lack of diversification.

Should pension funds aim to maximise return?

A pension scheme should not be viewed like our own savings whereby we all aim to maximise the return we can get. What is crucial for a pension fund is that there must be enough funds at retirement to meet the benefits promised. This means that the asset value should not, as far as possible, be allowed to fall short of the amount needed to pay benefits promised (i.e. the liabilities). It is when these two elements diverge that any surplus starts to vanish or deficits develop requiring additional financing from the sponsor.

If the investment strategy is set with the sole aim of maximising return, this will not mitigate or eliminate the above risks, since it would necessitate an increase in the amount of the above risks taken in order to achieve it. What is needed is enough information so that a strategy can be developed whereby the asset and liabilities move in line. Trustees of pension funds therefore need to know the price they have to pay for each unit of extra return that they are seeking. In investment jargon, the famous saying 'there is no such thing as a free lunch' applies».

 

 

 

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