Budget 2018 du Zimbabwe - Deux mesures qui concernent Maurice

C’est jeudi dernier que le nouveau gouvernement du Zimbabwe a présenté son Budget pour l’année 2018. Deux mesures ont retenu l’attention de quelques Mauriciens : la restitution des terres aux propriétaires terriens blancs expropriés lors de la réforme agraire lancée en 2000 sous l’égide de Robert Mugabe, et un assouplissement de la règle 51 :49 % régissant l’investissement étranger au Zimbabwe

« Le Budget présenté par le ministre des Finances, Patrick Chinamasa, jeudi dernier, est passé comme une lettre à la poste à Maurice. Pourtant, certaines mesures concernent directement Maurice, » fait ressortir un observateur financier qui s’intéresse de près à l’Afrique. Si personne n’y a prêté attention, il demeure, pour sa part, confiant que les groupes mauriciens pourront en tirer profit d’une des multiples mesures annoncées dans le Budget 2018. Ce dernier intervient plusieurs jours après la chute et la démission de l’ancien président, Robert Mugabe.

Ainsi, le Budget de Patrick Chinamasa se veut « corriger » les injustices faites sous l’ère Mugabe. Intitulé ‘Towards a New Economic Order’, le Budget 2018 aura pour mission de créer des conditions et politiques économiques pour « an increased production led economic recovery, targeting attracting Foreign Direct Investment, as a way of tackling the prevailing high levels of unemployment. »

Le ministre des Finances zimbabwéen souhaite également, à travers cet exercice, “shed mis-behaviours and acts of indiscipline which have characterized the past, while we address and reduce the high country risk perception among existing and prospective investors.”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La règle 51:49

Ainsi, l’une des mesures qui pourrait intéresser les investisseurs mauriciens demeure l’assouplissement de la règle 51 :49%, sous l’ “Indigenisation and Economic Empowerment Act”, régissant l’investissement étranger au Zimbabwe.

« Cette mesure pourrait inciter les sociétés qui souhaitaient s’implanter au Zimbabwe, mais ne l’ont pas fait à cause des incertitudes et de cette règle, de le faire maintenant, » lance notre observateur financier.

Un autre observateur de rappeler que selon la Zimbabwe Investment Authority, en 2016, Maurice était le « leading country » en termes d’investissements au Zimbabwe. Soit au-delà d’USD 4,5 milliards pour la période 2009-2015. Notre pays était talonné par la Chine, l’Afrique du Sud et le Nigeria, et les principaux secteurs d’intérêt sont le manufacturier, le minier et la construction. « Les choses devraient être plus simples désormais, » avance-t-il.

On lit ces lignes dans le Budget 2018 :

« The 51/49 threshold will not apply to the rest of the extractive sector, nor will it apply to the other sectors of the economy, which will be open to any investor regardless of nationality. »

Ainsi, le seuil 51:49 sera applicable uniquement aux secteurs d’extraction du diamant et du platine. Par contre, les investisseurs qui souhaitent s’implanter devraient, par exemple, promouvoir la création de chaînes de valeurs, créer l’emploi et offrir d’autres opportunités en termes de transferts de connaissances et de technologies.

 

Compensations aux fermiers blancs

Selon les journaux zimbabwéens, un « premier fermier blanc reprend possession de ses terres » ; terres qui lui avaient été retirées au profit « d’un religieux proche de l’ex-président ».

En 2012, Jean Pierre Lenoir, ancien rédacteur en chef du journal Le Cernéen, – qui contribue sur une base régulière à nos colonnes – consacre un ouvrage sur l’aventure des fermiers mauriciens en Rhodésie du Sud, désormais le Zimbabwe. Intitulé ‘La Vallée des Hippopotames’, l’ouvrage retrace la période où des fermiers mauriciens furent expulsés sous le régime Mugabe. Et ces fermiers n’avaient jamais pu récupérer leurs terres même s’ils ont gagné leur procès contre le gouvernement zimbabwéen.

Le Budget 2018 post Mugabe vient « corriger cette injustice ».

« As part of normalising relations, the 2018 Budget will also have provisions towards further compensation for land acquired under the land reform programme, » lit-on dans le document. En d’autres termes, «His Excellency, the President, has undertaken Government’s commitment to compensate all farmers from whom land was taken as part of the Land Reform Programme, in accordance with the country’s Constitution.»

Depuis le lancement, en 2000, la réforme sur la redistribution des terres au Zimbabwe, s’est traduite par l’expulsion de plus de 93% des 4500 fermiers blancs. Cette réforme avait pour but de redistribuer ces terres aux centaines de milliers d’africains démunis.

“Quand Robert Mugabe était arrivé au pouvoir, 70 % des terres arables appartenaient à 4 000 fermiers blancs. Robert Mugabe les avait rassurés contre toute expropriation forcée et quelques milliers d’hectares avaient été redistribués pacifiquement, souvent à des partisans du régime. L’expropriation des terres des fermiers blancs devrait se faire par une compensation financée par la Grande-Bretagne.

En 2000, Robert Mugabe soumet à la population une nouvelle constitution incorporant notamment une réforme agraire avec des expropriations sans compensation et surtout une amnistie permanente aux militaires et aux membres du gouvernement. Le 11 février 2000, contre toute attente, ce projet de nouvelle constitution soumis à référendum est rejeté par 54,7 % des électeurs, manifestant pour la première fois la défiance de la population envers le vieux dirigeant.

Le 6 avril 2000, il passe outre à ce vote pour imposer sa réforme agraire en recourant à la violence des milices de pseudo anciens combattants dirigés par Chenjerai Hunzvi. La plupart des fermiers blancs sont expropriés et une dizaine sont assassinés. Depuis lors, la plupart fuient à l’étranger. Cet exode des Blancs est suivi par celui d’environ 3 millions de Noirs.” [Source de ces trois paragraphes: Wikipedia]

 

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