Accumulations d’eau: Les permis de construction pointés du doigt

On ne cesse de parler d’accumulations d’eau depuis le début de 2018. Les averses continues ont fait que des maisons, des rues, des cours et autres établissements ont été inondés. Ces accumulations, à chaque averse, sont-elles normales ; surtout que – de par la topographie de Maurice – l’eau est censée se frayer un chemin pour finir sa course en mer ?

H.L.-B

 

La réponse est très simple : d’une part il y a le changement climatique, et d’autre part, nous avons réduit la surface qui peut absorber l’eau. C’est du moins l’avis de Vinesh Chintaram, architecte et Urban Planner, que nous avons interrogé sur les accumulations d’eau à chaque averse. Pour lui, rien n’est normal en tant que tel, du moment qu’on change le cours naturel de l’eau en tout bétonnant.

« Ce n’est pas normal d’avoir des accumulations. Tout dépend des ingénieurs en génie civil pour la construction des drains. En temps normal, l’eau suit son cours jusqu’à la mer, ou elle est absorbée vers le sous-sol. Mais lorsqu’on asphalte, cela pose problème. L’eau reste à la surface au lieu de se drainer, » explique-t-il, sans pour autant omettre le phénomène de changement climatique « où il existe un gros problème de sensibilisation ».

Si, pour certains projets, des calculs sont faits et des études sont menées pour déterminer le potentiel d’un site pour une construction, d’autres ne suivent pas. « Si on fait un projet spécifique en respectant tous les paramètres, et que le voisin d’à côté développe à sa façon, cela devient compliqué », fait ressortir un autre architecte sous couvert d’anonymat.

Plus de 7 000 permis de construction

Ce dernier soutient qu’à Maurice, on a occupé l’espace de manière répandue. Le public et les autorités n’ont pas idée réellement de la planification, c’est-à-dire où autoriser les développements (asphalter/bétonner), où maintenir des espaces verts…

 

À Vinesh Chintaram d’ajouter qu’on n’a pas un schéma directeur foncier qui paramètre tout ceci, alors que politiquement tout est possible. « On ne parle pas que de ‘urban planning’, mais aussi de ‘rural planning’. Aussi, malgré la possibilité de faire des études d’Environmental Impact Assessment (EIA), cela reste très théorique. Quand on doit se positionner contre la nature, on ne peut pas tout contrôler. C’est le message que je veux faire passer », affirme-t-il.

 Pour son homologue, il suffit de faire un constat du nombre de permis de construction pour avoir une idée de la façon dont la construction se fait. « Selon les chiffres disponibles, plus de 7 000 permis sont octroyés rien que pour les résidences individuelles. On n’inclut pas les hôtels, les projets IRS/PDS. Combien d’architectes sont engagés pour la construction de ces résidences ? Environ 10%. Donc, dans 6 300 cas, les professionnels ne sont pas sollicités », avance-t-il. « Les propriétaires ne font appel qu’aux dessinateurs, et l’architecture de la maison ne tient pas compte du contexte. D’où des maisons construites en bas-fonds comme à Tranquebar et dans certaines régions de Port-Louis. Donc lorsqu’il y a des averses, l’eau s’accumule », poursuit-il.

 Ainsi, souligne-t-il, il existe un problème de planning et de contrôle de permis, et les gens ne prennent pas conseils auprès des autorités ou autres professionnels.

 

 

 

 

Pour plus d'info: Lecture en ligne Télécharger