États-Unis: La réforme fiscale à surveiller

Elle inquiète déjà les Européens. La réforme fiscale de Donald Trump, président des États-Unis, est déjà acquise. Le Sénat a voté le 20 décembre dernier, et elle se traduit par une baisse des impôts qui renforcera l’attractivité américaine. Les multinationales, les grands gagnants de cette réforme, risquent fort de retourner en Amérique. Des juridictions comme Maurice ont-elles de quoi s’en inquiéter ?

H.L.-B

 

Le Sénat a déjà voté, le 20 décembre dernier. Il reste un deuxième vote technique, et la signature du président américain, Donald Trump, pour que le Tax Reform Bill devienne loi. Si tout se passe bien, ce sera la première réforme de Trump à connaître un succès. Qu’est-ce que cette réforme fiscale ?

« C’est tout simplement le fait que Donald Trump réduit la taxe pour ré-attirer les multinationales qui, pendant des années, ont cherché ailleurs », explique Marc Hein SC, Chairperson de Juristconsult Chambers.

On songe ainsi aux géants comme Google, Apple, Amazon et autres qui ont enregistré des holdings dans des juridictions telles que l’Irlande, le Luxembourg, les British Virgin Islands, et « très peu à Maurice ». Depuis le vote en décembre, la Bourse a démarré en fanfare à New York. Les actions (Dow Jones, Nasdaq et S&P 500) ont franchi des seuils jugés symboliques. Le prix d’action des géants comme Apple ont grimpé. Les gens effectuent un retour vers ces titres.

En somme, les États-Unis se transforment, en passant de statut « high-tax country » à un « low-tax ». Alors qu’avant cette réforme, les compagnies devaient remettre 40% de leurs profits – considérées comme plus élevés que tout autre pays développé – Trump a proposé de réduire la taxe corporative de 35% à 20%.

Pas d’impact sur Maurice

« Du coup, des millions de dollars sont en train d’être rapatriés vers les Etats-Unis. Beaucoup de personnes critiquent cette politique de Trump, mais il avait dit qu’il allait faire revenir l’argent au pays », ajoute Marc Hein.

Doit-on craindre un quelconque impact sur Maurice ?

  Non, dit-il. Il n’y aura pas vraiment d’impact car les multinationales utilisent très peu Maurice. Et celles qui le font pour investir en Afrique, resteront. Surtout que Maurice possède encore des avantages géographique, géopolitique, bon fuseau horaire entre autres. Tout comme le Singapour qui est devenu un lieu privilégié pour les affaires en Asie pour des avantages que le pays offre, et non pas pour sa fiscalité.

  Dans une certaine mesure, notre interlocuteur apprécie même la réforme de Trump. « Il encourage le mouvement des multinationales vers la faible fiscalité. C’est ce qu’on a toujours fait. Maurice est une ‘low-tax jurisdiction’ », explique-t-il.

 

 

 

Effet sur le dollar ?

  L’économiste Pierre Dinan partage le même avis : on ne devrait pas s’attendre à un impact sur Maurice. « Avons-nous beaucoup d’entreprises américaines à Maurice ? Je ne le crois pas. Sur le plan manufacturier, on ne fait pas beaucoup de commerce avec les États-Unis. Et géographiquement, on est très éloignés. Personnellement, je ne vois pas de gros problèmes. »

  Par contre, des questions restent posées. Si les entreprises effectuent un retour vers l’Amérique, cela va créer plus d’emplois, donc davantage d’activités économiques. « Cela devrait pousser le dollar. Si la devise monte, et puisque nous importons en dollars, il y aurait une pression sur notre monnaie en termes de dépréciation. Mais je dis bien ‘si’ », avance Pierre Dinan.

  Si les investisseurs américains décident de rester aux États-Unis, les flux monétaires vers et à travers Maurice pour l’Inde ou l’Afrique seront-ils affectés ? « C’est une possibilité », lance l’économiste.

Et si les États-Unis se referment sur eux-mêmes, on pourrait être perdant puisqu’on bénéficiait d’investissements étrangers. « Le Madagascar s’est renfermé sur lui-même. Où est-il aujourd’hui ? Les États-Unis vont peut-être bénéficier dans un premier temps de cette réforme, mais après ? N’oubliez pas que la Chine est là. Elle risque d’envahir le vide que l’Amérique laisserait. »

Ainsi, le point à surveiller, selon Pierre Dinan, demeure au niveau de nos importations à condition que le dollar soit affecté, et que notre roupie se déprécie dans le sillage.

 

 

 

Un paradoxe intéressant

La réforme fiscale de Donald Trump représente un « paradoxe intéressant ». Elle démontre, selon certaines de nos sources, que le président américain « se moque » dans un certain sens de ce que pensent l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), la Commission européenne, le Fonds monétaire international… Des organismes comme l’OCDE ou encore la Commission européenne luttent contre la faible fiscalité ou le zéro impôt qui encourage l’évasion fiscale. Or, les États-Unis passent désormais vers une faible imposition. Par ailleurs, avancent-elles, l’Amérique est en train de ramener toute « une toile d’araignée » vers lui. « On n’évoque pas comment les centres fiscaux comme Delaware et le Nevada vont bénéficier de cette réforme fiscale. Le gouvernement de Trump sait qu’ils sont là. Ils restent en arrière-plan, et vont attendre les investisseurs qui ne passeraient probablement plus par les Iles Caïmans, les British Virgin Islands entre autres, » soulignent nos sources.

 

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